La numérisation? Une révolution qui ne comporte pas que des dangers, mais aussi des avantages. C’est ce qu’ont souligné plusieurs syndicalistes à l’occasion de la publication d’un dossier à ce sujet. «La numérisation n’est ni bonne ni mauvaise. Il faut en saisir tous les enjeux avec les partenaires sociaux et les milieux politiques», a résumé Giorgio Pardini, membre du comité directeur de Syndicom.

En soi, le thème n’est pas nouveau, a remarqué l’économiste en chef de l’Union syndicale suisse (USS), Daniel Lampart. Ce phénomène est apparu voici une bonne vingtaine d’années déjà. Pour la majorité des travailleurs, ces innovations technologiques ont été «une bonne chose». Ainsi, dans la construction, des robots sont utilisés pour soulever de lourdes charges. Des drones peuvent aujourd’hui faire des inspections d’immeubles, ce qui rend le travail à la fois moins pénible et moins dangereux.

Limites à définir

Mais aujourd’hui, la situation est plus délicate: «L’emploi stagne et les rentes du deuxième pilier se réduisent comme peau de chagrin.» Raison pour laquelle la présidente d’Unia, Vania Alleva, a plaidé pour une «numérisation sociale». S’il n’est pas question de diaboliser ce phénomène, il s’agit tout de même de lui fixer des lignes rouges à ne pas franchir.

«Le progrès doit bénéficier à tout le monde, et non seulement aux entreprises», insiste-t-elle. C’est dire que les travailleurs ont droit à un emploi satisfaisant et de qualité. Ceux-ci doivent donc recevoir leur part dans le gain de productivité que génère «l’économie du partage», sous forme de hausses de salaire ou de réduction du temps de travail. Les syndicats exigent aussi qu’ils aient accès à des formations continues rétribuées.

Uber, le cancre

L’Union syndicale suisse (USS) en appelle à la responsabilité sociale des entreprises. Elle cite les bons et mauvais exemples. Parmi les «moutons noirs», elle mentionne la plateforme Uber qui offre des courses de taxi meilleur marché que les compagnies traditionnelles. La multinationale américaine veut faire «porter tous les risques aux salariés en les faisant passer pour des indépendants»: elle ne verse ainsi pas de cotisations aux assurances sociales, pas de protection contre les accidents ni de salaire en cas de maladie. «C’est illégal», s’est insurgée Vania Alleva.

Les syndicats ont accueilli avec soulagement le verdict de l’assurance accidents Suva, qui considère Uber comme un employeur. En juin dernier, ils ont remporté une victoire d’étape après avoir manifesté au siège des CFF. Ces derniers, qui prévoyaient de collaborer avec Uber dans le cadre d’une nouvelle application destinée à ses clients, ont fini par y renoncer.

Notime, le bon élève

Côté «bons élèves», les syndicats citent la plateforme Notime, qui en moins de deux ans est devenue leader sur le marché suisse des livraisons à domicile par coursiers à vélo. Cela même si le bras de fer entamé avec elle est loin d’être terminé. En Suisse alémanique surtout, Notime collabore avec quelque 400 coursiers rémunérés 20 francs et 80 centimes par heure.

Dans un premier temps, elle les a, comme Uber, tous considérés comme des indépendants. Mais à la suite de divers articles parus dans la presse s’appuyant sur des témoignages concrets, la plateforme a revu sa position et a été d’accord de leur accorder un statut d’employé.

Entre Notime et les syndicats, la situation reste tendue. Sur son site internet, l’un des fondateurs de la start-up, Philipp Antoni, se plaint des pressions que les syndicats exercent sur ses collaborateurs, lesquels réclament désormais le versement des cotisations sociales à titre rétroactif. A coup sûr, le bras de fer n’est pas terminé. Mais depuis qu’elle a offert un contrat de travail à ses coursiers, Notime se réjouit tout de même d’être devenue «une pionnière de l’économie du partage».