Grève il y aura donc à Genève, mardi 10 novembre. La réunion jeudi entre les représentants syndicaux de la fonction publique et les conseillers d’Etat François Longchamp, Serge Dal Busco et Mauro Poggia aurait pu calmer le jeu, mais non. Les deux heures de discussion entre les protagonistes n’ont pas permis d’assouplir les fronts.

Il faut dire que l’entêtement syndical s’appuie sur un soutien costaud. Mardi soir en effet, 600 fonctionnaires ont plébiscité la grève à l’unanimité, moins une abstention. En cause: le projet de budget 2016 qui prévoit une diminution de 5% des charges salariales de la fonction publique à l’horizon 2018. Pour y parvenir, il lui est demandé notamment de rallonger le temps de travail de 40 à 42 heures hebdomadaires, le gel des annuités, le non-remplacement des départs naturels et une simplification des procédures de licenciement. Galvanisée par son succès de l’an dernier – le bras de fer lui avait valu un sursis de trois ans pour la refonte des échelles des salaires –, la fonction publique ne voit aucune raison de renoncer à cette méthode éprouvée.

Mains vides

C’est donc les mains vides que ses défenseurs se sont présentés devant les ministres, se moquant de l’invitation du Conseil d’Etat à présenter des solutions alternatives. «Nous avons refusé d’apporter des propositions, admet Marc Simeth, président du Cartel intersyndical. Le délai qui nous était imparti est inadmissible et nous n’allons pas faire le boulot à leur place.» Le Syndicat des services publics (SSP), lui, a choisi de préparer la guerre plutôt que d’honorer cette invitation. En revanche, les représentants des cadres de l’administration (UCA) et des cadres intermédiaires (GCA) étaient présents. Quant aux TPG, qui ont obtenu l’an dernier par la grève un moratoire de trois ans sur les suppressions de postes, ils ont préféré passer un tour. Même s’ils se sont rendus solidaires jeudi en observant cinq minutes de pause aux terminus des lignes, au mépris des perturbations de trafic. L’agenda du Cartel est simple: «Nous devons d’abord convaincre le parlement, à qui le budget sera soumis en décembre, ainsi que la population qui souffrira d’un service public amoindri.»

Pourtant, à éplucher le budget 2016, on constate ceci: des charges en augmentation de 0,9%, des augmentations de personnel de 0,5%, ce qui représente 119 postes supplémentaires, et un déficit de 70 millions. «Si la fonction publique descend dans la rue aujourd’hui, que fera-t-elle le jour où on arrêtera d’augmenter le nombre de postes et qu’on diminuera vraiment? s’interroge Cyril Aellen, député PLR et membre de la Commission des finances du Grand Conseil. C’est donc un mensonge de prétendre que la fonction publique est en danger.» Et à la crainte des syndicats que les fonctionnaires ne paient pour la réforme de l’impôt des entreprises (RIE III), qui coûtera au canton entre 300 et 350 millions de francs, il rétorque: «Ce mélange est erroné. La recherche de l’équilibre budgétaire est indépendant de cette réforme fiscale. Je suis surpris du déni que fait la fonction publique des problèmes financiers du canton. Car si on ne procède pas à des ajustements aujourd’hui, on coupera dans les prestations demain.»

Comme c’est parti, le conflit risque d’être long et l’issue incertaine. Car la grève de la fonction publique est reconductible jour après jour. Il faudra attendre lundi pour apprendre quelle conduite le Conseil d’Etat compte adopter. n Laure Lugon Zugravu