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Daniel Brélaz (à droite) en compagnie de l’ancien syndic Jean-Jacques Schilt (à gauche). 
© FABRICE COFFRINI

Lausanne

Ces syndics qui ont marqué Lausanne

Depuis plus de 40 ans, se sont succédé à la syndicature de Lausanne des figures qui ont marqué la ville, et dont l’empreinte demeure forte comme celle d’une dynastie. Cette semaine, le socialiste Grégoire Junod a été élu. Petite chronologie d’une fonction convoitée

C’est un poste désormais presque mythifié. Car syndic d’une grande ville suisse est sans doute l’un des sièges d’exécutif où l’on peut exercer le plus d’influence: architecture, infrastructures ou modernisation des transports, par exemple. Mais si la syndicature de Lausanne occupe une place encore plus prégnante dans l’imaginaire vaudois, c’est parce qu’on a longtemps considéré la fonction comme un marchepied élégant vers le Conseil fédéral. Ils sont trois en moins d’un demi-siècle à s’être ainsi élevé de la place de la Palud vers la place fédérale bernoise: Pierre Graber, Georges-André Chevallaz, puis Jean-Pascal Delamuraz.

Graber, les finances

Pourtant, tout sépare les syndics au niveau du style comme du bilan. Le socialiste Pierre Graber était «un esprit carré dans un corps rond» comme se décrivait l’ancien premier ministre français Raymond Barre, et se fit d’abord remarquer par sa tenue des finances de la ville. Georges-André Chevallaz était plus militaire, voire autoritaire. Grande figure du parti radical durant quinze ans il a ainsi administré la ville de Lausanne, avant d’être élu au Conseil fédéral en 1973, où il restera dix ans. Homme de bon sens et de pragmatisme, il engage Jean-Pascal Delamuraz en tant que secrétaire général de l’Expo64 à Lausanne: une succession radicale longue se met alors en place. Car c’est l’époque encore d’un radicalisme triomphant, sûr de sa force sous l’air bonhomme.

Delamuraz, le charisme

Jean-Pascal Delamuraz, donc, dernier mythe radical en ville. Il mène le combat pour la reconnaissance de la ville au sein du canton, affaire complexe en terre encore marquée par la paysannerie, où la tension est souvent vive entre campagne et capitale. Tout cela n’a finalement abouti que 30 ans plus tard. C’est aussi les premières zones piétonnes, et puis le ratage urbanistique de la morne Riponne, qui demeure. «Il tutoyait tout le monde mais a bien plus fait comme conseiller fédéral que comme syndic», souligne l’actuel chef de l’exécutif lausannois Daniel Brélaz.

Un avis confirmé par l’historien spécialiste du PLR Olivier Meuwly, pour qui, il est «dur de mettre une réalisation concrète sur son nom». Des années plus tard, plus de 200’000 personnes suivront les obsèques du Vaudois retransmises en direct à la télévision. Pour Olivier Meuwly, il subsiste ainsi un décalage entre le personnage au charisme et au rayonnement indéniable, et son bilan politique en ville, pour le moins ténu.

Paul-René Martin, la culture

L’essentiel de l’œuvre de Paul-René Martin, qui hérite ensuite de la fonction, sera culturel. En 1981, c’est l’officialisation de l’Opéra de Lausanne, puis la venue du Ballet Béjart. Le Théâtre de Vidy est mis entre les mains du génial metteur en scène allemand Thomas Langhoff. La Dolce Vita, club de rock mythique, est lancée sur les cendres de Lôzanne bouge. Une époque difficile, aussi, pour la Municipalité, qui annonçait le virage à gauche. «Paul-René Martin était un très honnête homme. Presque trop gentil pour la politique, avec son côté rêveur», dira celle qui prendra sa place, la socialiste Yvette Jaggi. Véritable humaniste, Paul-René Martin n’avait sans doute pas la dimension des géants radicaux qui l’avaient précédé et la ville va basculer.

Yvette Jaggi, le basculement

Avec Yvette Jaggi, c’est la première fois depuis 40 ans que la syndicature échappe aux radicaux. Et cela est parti pour durer. Au moment de son irruption à la tête de la ville, la perception est pourtant extrêmement polarisée. Après une bataille «sans merci» pour être élue, la majorité passe à gauche, 4 à 3, avec une majorité extrêmement faible au conseil communal (52%-48%). Yvette Jaggi se bat au niveau fédéral pour la reconnaissance du rôle des villes et donne le départ d’une politique de la petite enfance qui demeure l’un des points forts de Lausanne. Pour le socialiste Jean-Jacques Schilt qui lui succèdera, «elle recevait une chaleureuse approbation de beaucoup de Lausannois qui étaient fiers de l’avoir comme syndique. Elle a valorisé la culture urbaine sur le plan suisse, la place de la ville dans le pays.»

Schilt, l’intérim, puis Brélaz la longévité

Jean-Jacques Schilt ne convaincra pas et ne restera syndic que le temps d’une législature. Le socialiste se met à dos les syndicats en évacuant de nuit les Presses centrales en plein conflit social. Sa prédécesseure le défend en rappelant qu'«il a empoigné avec élan et générosité les problèmes les plus ardus, notamment la caisse de pension». Daniel Brélaz, premier syndic Vert, remettra du calme dans vie politique locale et se posera en une sorte de notable, de Jean-Pascal Delamuraz repeint en Vert: populaire, respecté, et respectueux. «J’ai bénéficié de tous ce que mes prédécesseurs ont fait de bien, mais ai également hérité d’une situation financière pour le moins difficile, avec trou déficitaire de 115 millions», commente-t-il. Il imprime petit à petit le développement durable dans la ville. L’estime que lui porte Yvette Jaggi, marraine de son fils, tient dans cette phrase: «on ne mesure peut-être pas encore toute la valeur de son travail de laboureur d’avenir».

L’héritier, aujourd’hui, se nomme Grégoire Junod, dont on attend les premiers pas avec curiosité. L’homme, dit-on, manque de charisme, mais s’est beaucoup préparé à la fonction: elle est de celles qui peuvent transformer un élu local en grand politicien suisse.

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