Introduire le test VIH dans les cinq centres d'enregistrement de requérants du pays, cette proposition de l'Office fédéral de la santé publique (OFSP), révélée par la NZZ am Sonntag, suscite déjà des réactions et des inquiétudes dans les milieux concernés. Même si le test n'est pas présenté comme obligatoire, certains s'interrogent sur la réelle liberté de décision d'un demandeur d'asile qui se trouve par définition dans une situation de faiblesse à son arrivée. Quant aux conséquences d'un résultat positif, elles peuvent être multiples. «Il faudra déterminer si le fait d'être infecté par le virus du sida peut par exemple empêcher l'exécution d'un renvoi dans un pays où il est impossible de recevoir une thérapie appropriée», relève Dominique Boillat, porte-parole de l'Office fédéral des réfugiés.

La réflexion autour de ces mesures serait née à l'automne dernier lorsque, élections fédérales obligent, l'UDC avait fait campagne autour de l'asile et avancé l'idée d'un renvoi pur et simple des requérants séropositifs. L'OFSP aurait en quelque sorte pris les devants pour trouver une réponse plus adéquate à un réel problème. Le responsable de la Section sida, Roger Staub, a ainsi déclaré dimanche à l'ATS que le point important n'était pas le test en soi mais plutôt les conseils aux requérants. Il s'agira avant tout de communiquer avec eux.

A l'ODR, on ne se déclare pas à priori opposé à une telle mesure et on ne prend pas position sur son efficacité. Dominique Boillat souligne par contre que le résultat d'un test, quel qu'il soit, n'aura pas d'influence sur l'octroi de l'asile. «Le critère légal reste celui de la persécution dans le pays d'origine», ajoute ce dernier. L'état de santé constitue toutefois un problème bien réel lorsqu'il s'agit d'exécuter des décisions de renvoi. «On a déjà des cas difficiles et il ne s'agit pas seulement du sida. La question est alors de savoir si la personne peut être soignée dans son pays où s'il faut prévoir une admission provisoire», précise le porte-parole de l'ODR.

Après avoir enregistré un recul, les cas de sida et d'infections sont en hausse depuis 2000. L'inversion de tendance a d'ailleurs été confirmée par les dernières statistiques nationales publiées en décembre. De janvier à fin novembre 2003, 677 personnes ont été diagnostiquées séropositives contre 792 en 2002. Cette année-là, 25% des tests positifs concernaient des personnes d'origine africaine.