Le Temps: Pourquoi une socialiste défend-elle le libre choix, au risque d'affaiblir l'école publique?

Chantal Galladé: Mon engagement est pensé pour les enfants socialement défavorisés. Le choix libre de l'école existe depuis longtemps en Suisse pour les plus aisés. D'une part, ils peuvent s'offrir l'alternative de l'école privée, d'autre part -et je le constate toujours davantage -, ils s'installent dans des quartiers où ils trouvent des écoles avec des horaires continus, avec moins de complications, etc.

- Ne doit-on pas redouter une plus forte ségrégation avec un libre choix? - Non. Avec le système actuel, vous trouvez des écoles avec 90% d'enfants de langue étrangère et certaines avec aucun enfant d'une autre origine. Les étrangers qui n'ont pas accès au milieu éducatif ou qui n'ont pas d'argent ne peuvent se déplacer. Nous voulons offrir la possibilité à une mère seule qui travaille d'opter pour une école qui dispose d'horaire continu, si elle le souhaite.

- Avec le libre choix, chaque école devrait donc accepter tout enfant?

- Oui. Si une école est confrontée à une demande trop importante, il faut s'interroger sur les raisons. Peut-être est-ce sa structure d'horaires qui la rend attractive. Il faut alors développer l'offre à ce niveau. Mais même avec le libre choix - cela se constate dans les pays scandinaves -, la plupart des parents optent pour l'établissement le plus proche.

- Les écoles privées seront-elles concernées par l'initiative?

- Nous en discutons. Il y a la possibilité de restreindre le choix aux écoles publiques - alternative que je soutiens. Nous pourrions introduire les écoles privées à condition qu'elles n'exigent aucune somme supplémentaire des parents et acceptent tout enfant.

- Vous êtes opposée aux chèques scolaires. Comment imaginez-vous la nouvelle structure?

- Il y a trop d'injustice dans le système des chèques scolaires. Un enfant à l'école coûte environ 8000 francs. Si je donne aux parents cette somme en leur laissant le choix, certains pourront envoyer leur enfant dans une école privée et payer la différence. Les écoles devraient recevoir toutes la même somme par enfant. Ou être davantage encouragées si le taux d'enfants de langue étrangère est important.

- Pouvez-vous estimer les coûts supplémentaires pour l'Etat?

- Ce ne serait guère sérieux de le faire maintenant. Nous aurons des coûts supplémentaires au début mais cela s'équilibrera. Actuellement, les enfants qui ne sont pas dans un lieu adéquat ont plus de risques d'échouer. A Zurich, quasi un écolier sur deux a besoin de mesures pédagogiques spéciales. Cela coûte aussi.

- Seuls les parents d'un certain niveau social pourront investir du temps pour trouver l'école idéale...

- Cela sous-entend que l'école publique est mauvaise. Non, elle va en s'améliorant. Pour la plupart des enfants, l'école publique est adéquate, mais certains d'entre eux ont besoin d'un environnement particulier.

- Vous êtes de nouveau dissidente dans votre parti. Cela vous plaît?

- C'est par conviction. Je suis active dans le milieu éducatif, j'ai participé à l'élaboration de la nouvelle loi sur l'école du canton. Et je ne suis pas la seule à défendre ce point de vue dans mon parti.