Civisme

Le système politique de milice en voie d’extinction

Le parlement fédéral n’a de milicien que la faiblesse de ses moyens alors que les communes peinent à recruter leurs dirigeants, faute de candidats. Comment revivifier le système de milice, un des piliers de l’identité helvétique? Avenir Suisse propose de créer un service citoyens ouvert à tous

Le système politique de milice,

un mythe en voie d’extinction

Civisme Aux Chambres, la professionnalisation est incontestable

Que reste-t-il des mythes helvétiques? Le système de milice s’effrite. Or, cet engagement des citoyens au bénéfice de la communauté, tout comme le fédéralisme ou la démocratie directe, est généralement considéré par les Suisses comme l’un des fondements de leur identité.

La Suisse va-t-elle glisser d’une société républicaine et libérale, caractérisée par une proximité entre le citoyen et l’Etat, ainsi que par l’engagement volontaire pour la communauté, à un Etat fonctionnel et bureaucratique composé de spécialistes? C’est la question posée par le laboratoire d’idées Avenir Suisse dans une étude dirigée par Andreas Müller. Pour enrayer la perte de sens civique, il relance l’idée d’un «service citoyen pour le maintien de l’Etat citoyen». Un service civique obligatoire dans l’aide sociale, le sport ou la vie communale, y compris pour les étrangers établis en Suisse. Ce projet a d’ailleurs été développé au parlement par les conseillers nationaux Hugues Hiltpold (PLR/GE) et Mathias Reynard (PS/VS).

Entre 2007 et 2013, la part de la population engagée dans des activités volontaires institutionnalisées, sapeurs-pompiers, clubs sportifs, présence auprès des malades, responsabilité politique, est passée de 26% à moins de 20%. En cause, la montée de l’individualisme, les difficultés à conjuguer vie professionnelle et activités sociales, les pressions toujours plus fortes sur les cadres moyens.

Politique plus exigeante

Au niveau fédéral, plus de la moitié des élus sont désormais des politiciens professionnels. Selon une étude comparant les législatures 1971-1975 et 2003-2007, la professionnalisation de la politique fédérale est incontestable. Il n’y avait déjà plus aucun politicien de milice au Conseil des Etats en 2003. Au Conseil national, il ne restait que 13% de parlementaires ayant encore une activité annexe plus prenante que leur mandat politique, contre 25% en 1971.

Toujours plus complexe et technique, la politique fédérale est devenue plus exigeante, tandis que l’amélioration des rémunérations permet aux élus de réduire leurs activités professionnelles pour se consacrer à leur mandat.

Dans les parlements cantonaux, l’engagement milicien reste largement majoritaire. Mais 57% des députés consacrent plus de 10 heures par semaine à leur mandat.

Le plus inquiétant, surtout en Suisse romande, c’est le très fort taux de renouvellement des Grands Conseils. Jets de l’éponge après le premier mandat ou non-réélections des anciens, le taux de nouveaux députés à Genève atteint 69%, il est de 63% dans le canton du Jura et de 61% à Fribourg.

Mais c’est dans les communes, surtout les plus petites, que le système de milice atteint ses limites, selon Avenir Suisse. Le peu de marge de manœuvre et de créativité laissé aux élus en raison de l’état des budgets et d’une législation toujours plus contraignante, l’absence de reconnaissance pour la fonction, l’éloignement entre autorité et citoyen dû aux fusions de communes transforment le mandat local en sacerdoce. Selon une étude menée en 2008-2009 sur les exécutifs communaux de Suisse, seules 62% des personnes ayant répondu disaient avoir été élues contre d’autres candidats. Dans les communes de moins de 1000 habitants, la nette majorité a été élue sans concurrence.

Deux catégories d’âge sont sous-représentées dans ces exécutifs, les jeunes de moins de 35 ans, qui votent moins et s’intéressent moins à la vie publique, et les plus de 65 ans qui rechignent à partager leur expérience. Et bien évidemment les femmes, puisqu’elles sont absentes de 60% des conseils locaux.

Le vrai problème, admet Gerhard Schwarz, directeur d’Avenir Suisse, c’est l’érosion de valeurs comme le sens civique, la solidarité ou la gratuité. C’est pourquoi il ne croit pas à de simples adaptations pour sauver le principe de milice. Mais la création d’un service citoyen obligatoire est-elle à même de revivifier ces valeurs? Même Avenir Suisse semble peu convaincu.

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