A l’origine, la visite aurait du se dérouler en mars mais l’installation du nouvel exécutif chinois reporta l’événement à cet été. De mercredi à samedi, le conseiller fédéral Alain Berset, en charge du Département de l’Intérieur, s’est entretenu avec la ministre de la santé chinoise, a parlé « diplomatie médicale » avec des étudiants pékinois et assisté à un forum d’experts des deux pays sur les nouveaux outils et stratégies pour contenir les épidémies de maladies infectieuses.

Gage de stabilité sociale, la Chine rêve d’un accès universel aux soins médicaux. Et d’une offre hospitalière complète sans qu’elle ne devienne un gouffre financier. Le modèle suisse intéresse la Chine d’autant plus que les deux pays sont confrontés, à leurs niveaux, au vieillissement de la population. En accueillant son homologue helvétique, la ministre de la santé Li Bin a d’abord confié qu’elle avait fait traduire en Chinois, pour son administration, le rapport « Santé2020 », trente-six mesures approuvées en janvier 2013 par le Conseil Fédéral pour garantir la pérennité du système de santé. Pas un copier/collé du système suisse

Ne pas s’attendre pour autant à un copier/collé du système. « La Chine regarde de près ce que nous faisons pour notre couverture maladie. Mais les autres pays l’intéressent également » dit Alain Berset. Et un diplomate d’ajouter. « Les entretiens à ce niveau sont courts, 40 minutes en comptant la traduction des interprètes et ils ne nous disent pas ce qu’ils entendent garder de ces conversations ».

« Notre but n’est pas d’avoir un impact sur leur système de santé chinois mais de faciliter l’échange d’informations » a tempéré le ministre. Les Chinois veulent donc en savoir un peu plus sur la réforme de la planification hospitalière tout comme la constitution d’un dossier électronique pour chaque patient. «Que nous sachions exactement combien de lits sont disponibles pour quel type de patients, et ceci que les hôpitaux soient privés ou publics leur plait beaucoup » a précisé Pierre François Unger, conseiller d’Etat et chef du département de l’économie et de la santé du canton de Genève. Samedi, les Chinois ont emmené l’équipe visiter un hôpital shanghaien. Coopération locale

Cette coopération sino-helvétique en matière de santé se concrétise surtout au niveau local, via les jumelages existants. Genève a, par exemple, aidé à l’ouverture d’un incubateur d’entreprises de biotechnologies à Wuhan, dans la province du Hebei. L’hôpital universitaire de Bâle procède à des échanges d’étudiants avec les Universités shanghaiennes de Fudan et Jiaotong. L’université de Tongji a rejoint le mouvement en 2010. Des praticiens bâlois de la chirurgie buccale et maxillo-faciale ont été « prêtés » à l’hôpital du Peuple n°9 de Shanghai. Idem avec l’Hôpital de l’Orient, pour traiter les tumeurs gastro-intestinales. La réciproque fonctionne, avec la venue en Suisse de figures de la médecine traditionnelle chinoise. « Ces missions s’accompagnent d’un accès à des données médicales favorisant les travaux de recherche des uns et des autres. Quand on parle d’un bassin de patients comme la Chine, les informations recueillies sont tout de suite très riches » a expliqué Carlo Conti, chef du Département de la santé du canton de Bâle-Ville et président de la Conférence suisse des directrices et directeurs cantonaux de la santé (CDS). Basés à Bâle, les laboratoires Roche et Novartis ont ouvert de vastes centres de recherche et développement à Shanghai pour profiter de l’expertise des chercheurs locaux.

Cette visite ministérielle a pris un tournant culturel avec la signature d’un accord facilitant le rapatriement de certains bien culturels. Le mois prochain, un institut Confucius ouvrira ses portes à Bâle. Dans un contexte tendu après la condamnation, vendredi, à onze de prison du beau-frère du prix nobel incarcéré Liu Xiaobo, la question des Droits de l’Homme a été abordée. «Nous avons abordé un cas très concret » a insisté Alain Berset, sans toutefois le détailler.