«La coopération verticale était un sujet tabou. Je me souviens, il y a quatre ans, les représentants des villes devaient attendre sagement derrière la porte que telle ou telle conférence des directeurs cantonaux ait terminé ses délibérations sur les thèmes qui nous concernaient.» Yvette Jaggi, ancienne syndique de Lausanne et présidente de l'Union des villes suisses, mesure aujourd'hui le chemin parcouru.

L'heure de l'intégration quasi automatique des représentants des villes dans les conférences sectorielles des gouvernements cantonaux est proche. C'est déjà le cas, avec voix consultative seulement, au sein de la conférence des directeurs cantonaux des affaires sociales. Au terme de plus d'un an de travail présenté hier à Berne, la communauté de travail cantons-villes-agglomérations, arrive à la conclusion que le moment est venu d'intégrer concrètement les villes dans le processus de décision politique aux niveaux intercantonal et fédéral.

Activement soutenue par les cantons de Vaud, de Fribourg, de Berne, de Zurich, de Bâle-Ville, de Saint-Gall, de Lucerne, et par les Grisons, la proposition de participation directe des villes aux conférences des directeurs cantonaux ne soulève plus d'objections majeures. Le rôle attendu de la Confédération, observation bienveillante ou soutien actif des villes, relation directe ou indirecte via les cantons, suscite par contre de nettes divergences.

Problèmes financiers

Mais le constat, fait à tous les niveaux, est unanime. Les communes-villes au centre des agglomérations croulent sous les problèmes, car elles ne disposent plus des ressources financières suffisantes pour prendre en charge les coûts liés au trafic pendulaire, à l'assistance sociale, à l'accueil des ressortissants étrangers, ou aux infrastructures culturelles. Certaines villes, comme Fribourg, sont entrées dans un cercle vicieux. Plus la situation se dégrade au plan financier, plus l'exode des citoyens aisés vers les communes rurales à faible taux d'imposition s'accélère.

Alors que les neuf agglomérations suisses de plus de 100 000 habitants abritent 16% de la population, elles doivent assumer les charges inhérentes à une surreprésentation de 7 à 8% de personnes âgées, de chômeurs et de ressortissants étrangers, constate Yvette Jaggi. Les dépenses par habitant dans la commune centrale par rapport à la moyenne cantonale sont de 30 à 50% supérieures dans les domaines des transports, de la sécurité, de la prévoyance sociale ou de la formation.

Berne et Zurich ont trouvé des solutions partielles de compensations financières intercommunales alors que Fribourg et Vaud recherchent des solutions institutionnelles visant à favoriser les fusions de communes ou la constitution d'une agglomération politique. Comment ces efforts doivent-ils être soutenus par la Confédération? C'est la question controversée. Les cantons souhaitent la création d'une conférence tripartite (Confédération, cantons, villes) pour aborder le problème, alors que les villes sont réticentes. Elles préféreraient un dialogue direct avec la Berne fédérale, par exemple par le biais d'un secrétariat aux villes.