Après Emmen, il pourrait bien y avoir un précédent Bürglen. L'année prochaine, le Tribunal fédéral sera probablement amené à trancher le cas de cette petite commune thurgovienne et mettra peut-être définitivement un terme aux naturalisations par le peuple. Il faut savoir qu'il y a dix jours, les juges fédéraux avaient décidé de ne se prononcer «que» sur les naturalisations en votation populaire, préférant laisser à plus tard la question délicate des assemblées de communes (Le Temps du 10 juillet). L'occasion pourrait leur en être donnée plus rapidement que prévu, tant les parties en présence en Thurgovie semblent décidées à aller jusqu'au bout.

Tout a commencé le 25 novembre dernier, lorsque, au cours d'un vote à bulletins secrets, l'assemblée des citoyens de Bürglen avait refusé la naturalisation d'un Turc de 25 ans, par 58 voix contre 47. Ibrahim Yildiz se souviendra toujours de l'appel que lui a passé l'un de ses amis depuis la salle communale juste après le vote: «C'était comme si j'avais reçu une gifle monumentale!» Installé dans le village depuis l'âge de 7 ans, le jeune homme parle parfaitement le dialecte. D'ailleurs, il ne maîtrise pas vraiment la langue de ses parents, si bien qu'avec son amie, qui est d'origine turque comme lui, il parle le suisse-allemand. Profondément blessé que 58 huit personnes sur les 3000 habitants que compte la commune puissent lui refuser la naturalisation, il dépose recours au canton.

Le 25 juin, – c'est-à-dire deux semaines avant la décision du Tribunal fédéral mettant un terme aux naturalisations par les urnes – coup de théâtre: le Département de justice et police du canton donne raison à Ibrahim Yildiz, au motif, notamment, qu'à aucun moment durant l'assemblée des citoyens des arguments n'ont été amenés pour justifier ce refus. Pour le canton, telle naturalisation est arbitraire.

Mais la commune n'est pas décidée à se laisser faire. Mercredi, Armin Eugster (PDC), le président de Bürglen, a annoncé qu'il déposait un recours contre le canton auprès du Tribunal administratif. Celui-ci devrait rendre sa décision vers la fin de l'année. S'il donnait raison à la commune, Ibrahim Yildiz a déjà annoncé qu'il porterait l'affaire devant le Tribunal fédéral. «De notre côté, confirme Rolf Sempach, le greffier de Bürglen, nous ferions très certainement recours contre une décision inverse.»