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Le ministre de l’Intérieur tadjik, Ramazon Hamro Rahimzoda, en conférence de presse à Douchanbe le 30 juillet 2018.
© AFP PHOTO/SHODMON KHOLOV

Asie centrale

Tadjikistan: les autorités accusent l’opposition, le DFAE ne parle pas de risque terroriste

Alors que l’Etat islamique a revendiqué l’embuscade qui a coûté la vie à quatre touristes dont un Suisse, le ministre de l’Intérieur accuse le Parti de la renaissance islamique, interdit depuis 2015

Les circonstances de l’attaque qui a coûté la vie à quatre cyclotouristes occidentaux dimanche au Tadjikistan se précisent. L’identité des deux Suisses touchés dans l’embuscade survenue dans la région de Daghara est désormais connue: il s’agit d’un couple zurichois d’une soixantaine d’années. Mario F. (62 ans) est mort sur place, sa compagne Marianne G. (59 ans) a été blessée et placée sous protection consulaire. Deux ressortissants américains et un Néerlandais sont également décédés. Le groupe de sept personnes circulait à vélo sur la «route du Pamir» lorsqu’il a été percuté par une voiture puis attaqué par des hommes armés.

Lundi soir, l’Etat islamique a revendiqué l’attaque par le biais de son agence de propagande Amaq, évoquant une «délégation de soldats du califat» lancée contre des «citoyens des Etats croisés». Les autorités tadjikes ont elles aussi réagi dans la foulée. Selon le Ministère de l’intérieur tadjik cité par l’AFP, l’attaque a été commanditée par Nossirkhoudjy Abaïdov, membre du Parti de la renaissance islamique du Tadjikistan. Interdite depuis 2015, cette formation politique née en 1990 est considérée comme une organisation terroriste dans cette ex-république soviétique aux 8,7 millions d’habitants.

Toujours selon le Ministère de l’intérieur, le meneur du commando, également membre de ce même parti, a été arrêté et est passé aux aveux. L’homme aurait suivi un «entraînement idéologique et militaire» en Iran dans le but de réaliser des «actes de sabotage». Il se serait rendu à «quatre reprises dans les villes de Qom et Mazandar entre 2014 et 2015».

Lutte contre l’extrémisme religieux

Avec une population à majorité sunnite, le Tadjikistan passe pour détenir un vivier de djihadistes. Selon les estimations des autorités, plus de mille citoyens auraient rejoint les troupes de l’Etat islamique en Syrie et en Irak. Depuis 2015, le gouvernement à tendance autoritaire s’emploie à lutter contre l’extrémisme religieux à grand renfort de mesures radicales. Parmi elles: rasage forcé de la barbe et campagne contre le port du hijab.

Lire aussi: Attaque au Tadjikistan: l’incertitude demeure

L’interdiction du Parti de la renaissance islamique du Tadjikistan a également été proclamée dans le cadre de cette série de mesures. A l’époque, cette décision avait suscité l’inquiétude dans la communauté internationale, des Etats-Unis à l’Union européenne, en passant par les Nations unies. Certaines organisations de défense de droits de l’homme avaient également accusé le gouvernement d’instrumentaliser la menace islamiste pour museler le parti d’opposition.

Le DFAE ne parle pas de risque durable

Lundi, le Département fédéral des affaires étrangères (DFAE) annonçait qu’il adapterait ses recommandations aux voyageurs si le caractère terroriste de l’attaque était avéré. Jusqu’ici, les précautions ne mentionnaient que les mauvaises conditions de circulation routière, soulignant toutefois que les «conditions de sécurité sont néanmoins toujours susceptibles de se dégrader rapidement et à tout moment».

«Mardi matin, les conseils de voyage pour le Tadjikistan ont été complétés», confirme la porte-parole du DFAE Silvia Müller. Au chapitre évaluation de base, on peut désormais lire: «Le 29 juillet 2018, une voiture du district de Danghara a rejoint un groupe de cyclistes des Etats-Unis, de France, des Pays-Bas et de Suisse. Les passagers du véhicule ont ensuite attaqué les cyclistes avec des couteaux. Quatre personnes ont été tuées et deux autres blessées. Le groupe terroriste «Etat islamique» a pris la responsabilité du crime.» Il n’est toutefois pas fait mention d’un risque terroriste durable au Tadjikistan.

Enquête en cours

«Le DFAE a rendu plusieurs visites à la personne de nationalité suisse qui a été blessée dimanche soir et continue de lui offrir son soutien, précise encore Silvia Müller. La représentation suisse est en contact étroit avec les représentations étrangères qui ont également des victimes à déplorer.»

Sur le terrain, l’enquête se poursuit. La police locale mène d’importantes recherches dans les environs de Danghara, à quelque 130 kilomètres au sud de la capitale Douchanbe. Selon les autorités, trois hommes ont été tués lors d’une arrestation, dont le propriétaire du véhicule en question, âgé de 21 ans. Quatre autres suspects ont été arrêtés.

Plusieurs antécédents

Ce n’est pas la première fois que des touristes suisses périssent dans des attaques terroristes. L’attentat de Louxor, en 1997, reste l’un des plus meurtriers. Trente-six ressortissants helvétiques avaient trouvé la mort dans le temple d’Hatshepsout, à Deir el-Bahari, en Egypte, piégés par six terroristes armés déguisés en agents de sécurité.

Plus récemment, en janvier 2016, un restaurant du centre de Ouagadougou avait été attaqué par une milice d’Aqmi, coûtant la vie à deux Valaisans: Jean-Noël Rey, ex-conseiller national socialiste, et Georgie Lamon, ancien président du district de Sierre.

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