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Depuis 2000, les agents de police communiquent l’origine des personnes appréhendées, conformément aux recommandations de la Conférence des commandants des polices cantonales.
© Pascal Mora/Keystone

Criminalité

Pourquoi taire l’origine des suspects?

A Zurich, la police municipale ne précise plus la nationalité des personnes appréhendées dans ses communiqués. Une décision inédite qui suscite de vives controverses, même chez les criminologues

Depuis le 8 novembre, la police municipale de la Ville de Zurich ne divulgue plus systématiquement la nationalité des suspects présumés dans ses communiqués. Ceci afin d’éviter les amalgames entre criminalité et migration. Inédite en Suisse, la décision suscite la controverse. Si certains la jugent intéressante pour lutter contre les sentiments xénophobes, d’autres dénoncent une entrave à l’information. Mercredi, l’UDC zurichoise a annoncé qu’elle lancerait une initiative cantonale pour arrêter cette «censure».

Depuis 2000, les agents de police communiquent l’origine des personnes appréhendées, conformément aux recommandations de la Conférence des commandants des polices cantonales. La décision de la police zurichoise fait suite à une proposition des socialistes et des Vert’libéraux adoptée en 2015.

Transparence revendiquée

«Donner automatiquement et sans autre analyse la nationalité de l’auteur d’un délit dans un communiqué de police est subjectif», justifie le département de la sécurité de la Ville de Zurich dans un communiqué. D’autant qu’à l’ère des réseaux sociaux, la pratique provoque parfois des déferlements de commentaires haineux sous les articles de presse.

Roger Schneeberger, secrétaire général de la Conférence des directeurs cantonaux de justice et police, justifie la pratique actuelle au nom de la transparence: «Il ne faut pas cacher des informations à la population, au risque de renforcer les ressentiments.» Un point de vue partagé par le conseiller national zurichois UDC Gregor Rutz qui ne considère pas une «information factuelle» comme une source de discrimination. Le porte-parole de la police vaudoise exclut lui aussi toute stigmatisation: «Nous donnons systématiquement l’âge, l’origine et le domicile des auteurs ou victimes présumés, qu’ils soient Suisses ou étrangers. L’égalité de traitement est assurée.»

«Préjugés injustifiés»

Pour Lisa Mazzone, vice-présidente des Verts suisses, la nationalité n’est pas une information pertinente. «Au contraire, elle cristallise des préjugés et sous-entend un lien causal erroné entre le pays d’origine et la tendance à commettre des délits, précise la conseillère nationale. Elle peut également être instrumentalisée, encore davantage avec les réseaux sociaux.»

Le professeur de criminologie et de droit pénal à l’Université de Neuchâtel André Kuhn estime lui aussi que la police en dit déjà trop, en particulier lorsque la présomption d’innocence prévaut. «Pourquoi donner l’origine d’un suspect alors qu’on ne donne pas son nom? Si on va jusqu’au bout de la réflexion sur la neutralité, on devrait se contenter d’un générique du type une personne, un individu.»

Décision «contre-productive»

Professeur de droit pénal à l’Université de Saint-Gall, Martin Killias fustige en revanche une décision «contre-productive et hypocrite». Pour lui, la Ville de Zurich surestime l’influence de la presse sur l’opinion publique. «Les gens ne sont pas dupes, ils n’ont pas besoin des médias pour tirer les conclusions de ce qu’ils observent au quotidien.» Selon lui, il est naïf de croire que les lecteurs vont conclure que «tous» les ressortissants de certaines régions sont des «criminels».

Les vives critiques qui ont suivi l’annonce ne l’étonnent pas: «Si on veut renforcer les sentiments racistes, on ne peut pas faire mieux. Le grand problème est de savoir si divulguer la nationalité d’un délinquant crée véritablement un sentiment xénophobe. L’étude relayée par la Ville de Zurich pointe une corrélation. Aucune étude n’a jamais établi la causalité admise par la police de Zurich.»

Alimenter les statistiques

En quoi la nationalité des délinquants est-elle une information pertinente? «Les statistiques sur les condamnations permettent de voir des différences énormes non pas tellement entre Suisses et étrangers, mais selon la provenance exacte, continue Martin Killias. Ces clivages interpellent les chercheurs autant que la population.» Et pour les cas particuliers? «La nationalité peut aider à comprendre qui tient le marché de certaines drogues, ou encore, apporter une explication lorsqu’on tente de comprendre les attaques à l’intégrité sexuelle qui ont eu lieu à Cologne lors de la Saint-Sylvestre.» Ces dernières ne sont pas étrangères à l’éducation que reçoivent les jeunes hommes dans certaines cultures.

Malgré les critiques, la décision zurichoise pourrait faire des émules. A Genève, la verte Delphine Klopfenstein vient de déposer une motion au Grand Conseil. En ville de Lausanne, la socialiste Thanh-My Tran-Nhu a interpellé la municipalité pour savoir si l’exigence d’une indication de la nationalité des personnes interpellées se justifie encore.

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