Hier lundi devait être lancé à Zurich le premier numéro du nouveau journal gratuit Express, destiné aux pendulaires. Par ce lancement, le groupe de presse Tamedia, qui édite notamment le Tages-Anzeiger, voulait damer le pion à 20 Minuten, pionnier et seul maître depuis la disparition de Metropol, sur le marché des journaux gratuits pour pendulaires dans l'agglomération. C'est que Tamedia a été frappé de plein fouet – tant au niveau des abonnements que de la publicité – par l'offensive lancée par les journaux gratuits en 1999 déjà dans la capitale économique du pays. Or, vendredi soir, coup de théâtre: Tamedia, ou plus précisément Express Zeitung AG – une coentreprise de Tamedia (82,5%) et de la Berner Zeitung AG (17,5%) – annonçait un accord pour la reprise échelonnée (d'ici à la fin 2006) de son concurrent, la société 20 Minuten Schweiz, «sous réserve de l'approbation de la Commission de la concurrence (Comco)».

Volte-face

Tamedia renonce ainsi à lancer Express deux jours avant la date prévue. Cette volte-face a d'autant plus surpris que, le même jour, Zürich-Express – l'actuel journal d'annonces officiel et gratuit mais centré sur les habitants plutôt que sur les pendulaires – contrôlé conjointement par Tamedia et les Editions NZZ, célébrait dans ses colonnes la naissance de la nouvelle formule. Pourquoi ce soudain changement de cap? «Simplement parce que les deux parties ne sont tombées d'accord que vendredi», répond Regula Tschopp, responsable des relations avec les actionnaires de Tamedia. Actionnaire majoritaire et président de Tamedia, Heinrich Coninx a de son côté présenté cette opération comme «un acte de raison» visant à éviter une lutte ruineuse.

Dans les milieux zurichois des médias, on se montre pourtant beaucoup moins surpris par la nouvelle: «Je ne pense pas que Tamedia avait vraiment l'intention de lancer son propre journal gratuit pour les pendulaires», note une observatrice. Et cette dernière d'expliquer: «En faisant brandir la menace d'un nouveau concurrent, il s'agissait certainement de faire pression sur le prix de l'objet convoité.» Pour étayer ses arguments, l'observatrice souligne que la plus grande partie des personnes engagées – une quarantaine – pour former la nouvelle équipe de Express l'ont été au sein même du groupe Tamedia. Ce que confirme Regula Tschopp. Cette dernière assure que l'abandon du projet n'implique aucun licenciement. Dès l'obtention du feu vert de la Comco, une douzaine d'employés travailleront pour le journal d'annonces officiel, d'autres pour 20 Minuten, et le reste se verra offrir un poste au sein du groupe Tamedia. La société 20 Minuten Schweiz prévoit elle aussi de conserver ses effectifs, d'environ 70 personnes. Les deux parties ont d'ailleurs convenu de ne pas divulguer le prix de la transaction, si ce n'est pour préciser que celui-ci dépendra de la performance future de 20 Minuten Schweiz. Car si le succès de 20 Minuten ne se dément pas auprès des pendulaires zurichois (mais aussi à Berne et à Bâle), le seuil de rentabilité du journal gratuit n'était pas attendu avant douze à dix-huit mois. 20 Minuten Schweiz était contrôlé jusqu'ici indirectement par le groupe de presse scandinave Schibsted ASA, la société d'investissement APAX et d'autres actionnaires suisses, dont le groupe Müller-Möhl.