C'est fait: Jean-François Steiert, 37 ans, est le nouveau secrétaire général du Parti socialiste suisse (PSS). Il a été désigné à ce poste samedi à Berne par le comité central du parti, qui l'a élu par 41 voix contre 2 et 8 abstentions. Mais cela n'a pas été sans mal. Ce n'est pas en soi sa candidature qui a suscité des réserves, car, comme l'a relevé la conseillère d'Etat fribourgeoise Ruth Lüthi, qui l'a côtoyé lorsqu'il œuvrait au sein du PS de son canton, Jean-François Steiert «a été un bon secrétaire cantonal à un moment où notre parti traversait une époque difficile».

Quant à la présidente du PSS Ursula Koch, qui a pris samedi congé de la secrétaire générale sortante Barbara Haering Binder d'une froide poignée de main et dont on a dit et redit qu'elle aurait préféré un autre candidat pour lui succéder (le Zurichois Beat Schweingruber), elle reconnaît à son nouveau bras droit «son flair et sa grande connaissance de la politique nationale».

Le problème vient plutôt des structures du PSS, qui, malgré les récents succès électoraux, ne paraissent plus adaptées à la situation. A cela s'ajoute le boulet financier que le parti traîne derrière lui. De deux campagnes politiques mal gérées subsiste en effet un découvert que Jean-François Steiert estime à quelque 300 000 francs. Cela mine le parti et a lourdement pesé sur les débats de samedi.

Projecteurs braqués sur Otto Stich

Les deux campagnes en question, ce sont les initiatives socialistes lancées en 1995 dans l'espoir de grignoter des suffrages aux élections fédérales. La première demandait l'introduction d'un référendum constructif, c'est-à-dire la possibilité de présenter un contre-projet lorsqu'une loi est combattue par voie référendaire. La seconde réclamait la diminution de moitié du budget militaire.

A peine lancées, les deux initiatives ont cependant été supplantées par la démission surprise d'Otto Stich. Et c'est la succession du patron des finances fédérales, pilotée par le président du PSS de l'époque Peter Bodenmann et le secrétaire général André Daguet, qui aura été le véritable moteur du succès socialiste aux élections de l'automne 1995. Devenues inutiles, les deux initiatives sont tombées aux oubliettes.

Début 1997, voyant que la date fatidique de leur dépôt approchait à grands pas, Barbara Haering Binder, qui venait de succéder à André Daguet et présidait en même temps le comité de l'initiative militaire, a cependant fait réactiver la machine, car elle voulait éviter que les deux initiatives échouent. Ce qui fut fait, mais à grands frais. A l'heure des comptes, le comité directeur s'est aperçu que les efforts déployés pour faire aboutir les initiatives se soldaient par un découvert de 300 000 francs, qui, pour l'essentiel, n'est pas encore remboursé.

Réforme des structures

A ce problème financier s'ajoute une difficulté structurelle. Actuellement, le secrétaire général du PS est à la fois responsable du management du parti et coordinateur du groupe parlementaire. Mais il n'en a pas toujours été ainsi. Sensible à ce besoin de clarifier les tâches, le comité central a admis samedi que la nomination de Jean-François Steiert devait s'accompagner d'une réforme interne. Ursula Koch insiste fortement sur cette nécessité: «Nous devons renforcer notre capacité de management. Nous avons besoin d'une structure qui permette de pallier nos faiblesses dans le domaine de la récolte de signatures, de la recherche de nouvelles ressources et du recrutement de nouveaux membres», déclare-t-elle. Mais vu l'état des finances, il faudra agir dans le cadre des effectifs du secrétariat central, soit douze personnes, dont certaines à temps partiel, qui gèrent un fichier de près de 40 000 membres.

L'attente est grande, notamment de la part du groupe parlementaire socialiste, que l'on sent méfiant envers Ursula Koch: «Nous ne devons pas masquer nos problèmes, mais nous devons tout faire pour les résoudre. Ce problème est crucial, car notre parti flotte et n'a plus de véritable direction», avertit le conseiller national jurassien Jean-Claude Rennwald. Notons encore que le comité central a voté samedi une résolution qui demande au Conseil fédéral d'approuver l'initiative «Oui à l'Europe».