Malgré des contrôles de sécurité poussés et un accès payant, 15 dollars, la salle de l’école Cooper Union, à Manhattan, affichait complet. C’est que Tariq Ramadan, aussi controversé que médiatisé aux Etats-Unis, y prononçait un discours sur l’islam et la démocratie dans les pays occidentaux. Le professeur genevois s’est fait un point d’honneur de rappeler à son audience que l’expression de l’opinion propre relève du devoir citoyen.

L’intellectuel a également profité de l’événement pour remercier les représentants de l’ACLU, l’organisation américaine de défense des libertés civiles, qui s’était élevée en 2004 contre l’annulation par l’administration Bush de son visa d’entrée. Tariq Ramadan a indiqué qu’il établirait à l’avenir un dialogue privilégié avec les gens qui l’avaient soutenu.

Un journaliste a reproché à l’enseignant genevois de ne pas avoir condamné avec suffisamment de fermeté les contacts qu’entretenait son grand-père avec Hitler. Tariq Ramadan s’est empressé de rappeler qu’il a toujours dénoncé l’antisémitisme et qu’il n’a rien à voir avec le fascisme et le nazisme. «Je ne suis pas un extrémiste et n’ai rien à voir avec le terrorisme», a-t-il ajouté.

Rôle des femmes dans l’islam

Durant son allocution, le Suisse d’origine égyptienne a tenu à souligner l’importance des femmes dans la religion musulmane. Nombre d’entre elles choisissent délibérément, et non par contrainte sociale, de porter le voile ou la burqa pour marquer leur engagement religieux, a-t-il affirmé. Une remarque vivement applaudie par les jeunes musulmanes présentes dans la salle.

À la question, posée par un spectateur, de savoir si une personne peut être à la fois ouvertement homosexuelle et musulmane pratiquante, l’intellectuel a répondu: «Je ne suis pas d’accord avec ce que Tu fais, mais je Te respecte en tant que personne». Et de préciser que chacun possède plusieurs identités, parmi lesquelles il a le droit de choisir librement.

Il y a six ans, les Etats-Unis avaient levé l’autorisation d’entrée de Tariq Ramadan au motif qu’il avait fait des dons, de 1998 à 2002, à l’Association de secours palestinien. Cette dernière a été placée en 2003 sur une liste noire pour soutien au terrorisme et financement du mouvement islamiste palestinien Hamas. La secrétaire d’Etat américaine Hillary Clinton a levé en janvier dernier l’interdiction frappant le professeur genevois.