Editorial

Tartufferie et demi-mesure

ÉDITORIAL. Yannick Buttet annonce qu’il va se soumettre à une cure de sevrage. Très bien. Cela ne doit pas détourner l’attention du problème du harcèlement et des comportements sexistes sous la coupole fédérale

Un retrait provisoire plutôt qu’une démission du parlement suisse. Yannick Buttet s’annonce en congé maladie, le temps de soigner son alcoolisme. Il envisage, à l’issue de cette période de durée indéterminée, de reprendre sa place sous la coupole fédérale. Le PDC suisse suit la même ligne, pour le moment du moins, faute d’avoir pu entendre lundi le conseiller national qui le plonge dans les difficultés.

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Dans le communiqué de Yannick Buttet, qui renonce immédiatement à la vice-présidence du parti suisse et à la présidence de sa commune, on perçoit que chaque mot a été longuement soupesé durant le week-end avec le président du PDC du Valais romand, reconverti pour l’occasion en coach personnel.

Humainement, on comprend que l’homme à l’origine du scandale s’accroche dans sa chute, tant semble grand son espoir de ne pas tout perdre. Le parlementaire valaisan subit la cruelle et brutale expérience de passer en quelques jours d’une place enviable au soleil de la politique suisse, parmi les jeunes ténors de la droite romande, à l’opprobre généralisé.

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Avec son retrait provisoire, Yannick Buttet rejoint le groupe de politiciens qui, de Valérie Garbani à Yvan Perrin, ont perdu la maîtrise d’eux-mêmes sous l’influence de l’alcool, dans autant de drames personnels. Au vu des pressions qui depuis le début de l’affaire redoublent pour le chasser du parlement fédéral, sa décision ne pouvait être moindre. Elle reste une demi-mesure. Sa volonté d’installer sa maladie fraîchement déclarée à l’avant-scène et de repousser dans la coulisse la dimension politique de l’affaire est manifeste, mais elle n’est pas vraiment convaincante.

Après ses excuses à ses proches et à son parti, Yannick Buttet en doit aussi aux électeurs, aux citoyens, pour avoir incarné de façon caractérisée la tartufferie politique. Celle de ceux qui, tout en proclamant des principes moraux, voire religieux, font exactement le contraire de ce qu’ils disent.

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La cure de désintoxication à laquelle le conseiller national entend se soumettre ne doit pas non plus détourner l’attention du problème du harcèlement et d’autres comportements sexistes qui, comme on le voit désormais aujourd’hui, sévissent également sous la coupole fédérale. Avec la circonstance aggravante que les atteintes à la liberté des femmes compromettent le bon fonctionnement d’un parlement démocratique. Ce combat-là, qui va au-delà de l’affaire Buttet, ne fait que commencer.

Dossier L'affaire Yannick Buttet

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