L'année 1998 risque d'être la plus chaude jamais recensée par les météorologues. Cela ne sème pourtant pas la panique au sein de la commission de l'environnement (CEATE) du Conseil national, au contraire. Comme l'a appris Le Temps, une majorité des 25 parlementaires qui la composent a pris le risque, lundi, de compliquer sérieusement l'introduction de la taxe sur le dioxyde de carbone (CO2), discutée depuis 1993.

La taxe est un élément important de la stratégie de réduction des émissions de gaz à effet de serre, approuvée par le Conseil fédéral après le sommet de Rio, en 1992. D'ici 2004, la Suisse doit avoir ramené ses émissions au niveau de 1990. L'industrie, les transporteurs et les entreprises de constructions sont libres de prendre les mesures techniques qu'ils jugeront les plus appropriées pour parvenir à ce but. Mais si, en 2004, l'objectif n'était pas atteint, le gouvernement se réserverait le droit d'introduire une taxe de 210 francs par tonne de CO2 au maximum – ce qui reviendrait, selon le calcul du Touring-Club suisse (TCS), à augmenter de 50 centimes le prix du litre d'essence.

Le Conseil des Etats a déjà approuvé ce projet. Au Conseil national, les choses sont plus mal engagées. La Commission de l'environnement, composée de 25 parlementaires de cette chambre, a en effet décidé de modifier le projet et de donner au Parlement la compétence d'introduire la taxe sur le CO2 en 2004. Cette proposition, si elle est acceptée par le plénum – ce qui est en général le cas -, enlèverait à l'Office fédéral de l'environnement (OFEFP) un puissant moyen de motiver l'économie à atteindre les objectifs fixés en matière de gaz à effet de serre. En supprimant la quasi-automaticité qui s'attachait à la taxe, la commission permet aux adversaires de cette mesure – ils ne manquent pas – d'espérer, le jour venu, annuler son entrée en vigueur grâce à la majorité du Parlement.

Pour Philippe Roch, le très écologiste directeur de l'OFEFP, il s'agit là d'un nouveau revers dans un dossier qui en est rempli. Son projet initial – l'introduction d'une taxe sur le CO2 dès l'an 2000 – a déjà été singulièrement édulcoré. Il lui reste quelques motifs de consolation: le plénum du Conseil national ne suivra peut-être pas sa commission. Il n'est pas non plus dit que la version du Conseil national soit adoptée par le Conseil des Etats. Surtout, la Suisse est l'un des rares Etats occidentaux à avoir, jusqu'ici, rempli ses objectifs en matière de réduction des émissions – ce qui devrait permettre de ne pas recourir à la taxe sur le CO2 en 2004.