Refusée par les milieux économiques qui redoutent l'effet de frein sur la reprise économique et une baisse des rentrées fiscales sur la consommation d'essence, la taxe sur le CO2 reviendra-t-elle par la fenêtre dans les deux partis du centre droit, PDC et Parti radical? Coïncidence ou nouvelle sensibilité écologique dans ces deux formations, les deux programmes de renouveau soumis à la consultation de la base, «Renouveau suisse» pour le PDC et «Avenir radical» pour le PRD, comportent en effet tous deux le projet de taxe sur le CO2. Mais à la direction des deux partis, on continue à espérer que les mesures de réduction volontaires, prises notamment par l'industrie, permettront d'éviter ces taxes d'orientation.

«Le Parti radical postule d'imposer une taxe sur les émissions qui entraînent une pollution de l'air dangereuse. Les recettes de cette taxe, qui sera neutre du point de vue quote-part de l'Etat, seront redistribuées sous forme d'allégement des primes des caisses maladie.» Le projet N° 17 d'Avenir radical, qui sera débattu en septembre par la base, ressemble dans ses grandes lignes à la taxe sur le CO2 à laquelle le conseiller fédéral Moritz Leuenberger avait donné sa préférence. Le 11 juin, le Conseil fédéral, qui craignait qu'une telle taxe de 15 à 30 centimes sur le litre d'essence dissuade le «tourisme du réservoir» et fasse perdre 400 à 600 millions de francs aux caisses fédérales, l'a flanquée de trois autres projets moins incitatifs.

Jeudi, le PDC mettait en consultation son propre projet de réorientation du parti, «Renouveau suisse». Parmi les priorités sur lesquelles les démocrates-chrétiens sollicitent l'avis de leur base, figurent l'engagement en faveur de l'environnement. «Soit concrètement pour la réduction des émissions de CO2; s'il n'est pas possible d'y parvenir avec les mesures mises en place volontairement, une taxe sur le CO2 devra alors être introduite», mentionne le projet.

Y aurait-il, quinze ans après l'offensive du radical genevois Gilles Petitpierre pour une fiscalité écologiste, une nouvelle sensibilité environnementale dans ces deux formations jusqu'ici plus sensibles aux sirènes de l'économie? Sans doute, répondent Pierre Kohler (PDC/JU), seul élu fédéral membre de l'association Ecologie libérale, et Laura Sadis (PRD/TI), mais cela reste encore un courant très marginal dans les partis de droite. Quelques jeunes enthousiastes à la fibre écolo, comme la nouvelle conseillère nationale bernoise Christa Markwalder sont venus rejoindre les rangs des Dick Marty, Erika Forster ou John Dupraz. Mais le courant général, surtout parmi les élus, reste très fortement empreint de la logique économique qui considère le respect de l'environnement davantage comme une charge que comme une perspective d'investissements, regrette Isabelle Chevalley, président du mouvement Ecologie libérale. Son association, qui veut concilier logique économique et développement durable, regroupe des députés cantonaux romands des partis libéral, radical, de l'UDC ou du PDC, mais ne parvient pas à s'implanter au niveau fédéral.

Certains rénovateurs voient dans la fiscalité écologique un moyen de relancer le débat sur le principe du pollueur-payeur, puisque les entreprises ayant investi dans la réduction des gaz à effet de serre seraient exemptées. «La taxe sur le CO2 tombe d'autant mieux qu'elle s'inscrit dans la réflexion du PRD vers une nouvelle fiscalité, orientée davantage sur la consommation d'énergie ou de biens», veut croire le Genevois Pierre Maudet. Le président du groupe de travail Avenir radical, le Zurichois Ruedi Noser, fait partie des nouveaux responsables qui pensent que l'on peut imaginer une fiscalité à la fois moderne, car touchant moins les revenus, et plus favorable à l'environnement. Une façon aussi de se démarquer de l'UDC, fermement opposée à toute taxe sur le CO2, malgré l'obligation légale.

Si au PDC le soutien à la taxe sur le CO2 a été maintenu sans autre par le groupe parlementaire, c'est parce qu'y figure la préférence accordée aux mesures volontaires. En tout cas les directions démocrate-chrétienne et radicale avaient accueilli avec beaucoup de réserve la proposition de taxe sur le CO2 avancée par Moritz Leuenberger. Tous deux veulent continuer à privilégier les mesures volontaires et rechignent à passer aux mesures coercitives. Même si tout le monde admet, avec les experts du Conseil fédéral, que sans obligation légale, les émissions de CO2 dues aux carburants augmenteront de 8% au lieu de diminuer d'ici à 2010.

Pourtant PDC et PRD sont aussi prisonniers de leurs propres engagements. En 2000, lors de la votation sur le centime solaire et la redevance incitative pour des énergies renouvelables, PDC et PRD avaient utilisé comme arguments la toute récente mise en application de la loi sur le CO2 avec ses mesures volontaires. La méthode volontariste ayant échoué, chacun est désormais rappelé à ses engagements.