Entre autres innovations, la Constitution jurassienne, entrée en vigueur avec le canton en 1979, offre un droit qui n'avait jamais encore été utilisé jusqu'ici: le référendum des communes. L'article 78 prévoit que 2000 électeurs ou huit collectivités locales peuvent soumettre une loi au peuple. Soleure, Bâle-Campagne, le Tessin, les Grisons et Zurich proposent aussi cet outil démocratique. Les Vaudois n'en ont pas voulu en 2007.

Avec la décision de Soubey, vendredi, huit communes ont fait aboutir le référendum contre la loi jurassienne sur l'eau, adoptée par 48 voix contre 6 au parlement. Elles ne veulent pas de la taxe cantonale de 40 centimes par mètre cube, destinée à alimenter un fonds qui permettra de subventionner les travaux d'assainissement des réseaux d'eau. «Des conduites pourries dans une moitié de nos communes», souligne le député socialiste Ami Lièvre, défenseur de la loi.

«C'est considéré comme un impôt supplémentaire», commente Jean-Pierre Faivre, maire de Courtedoux, commune référendaire. «Pas facile de défendre une taxe, même si c'est pour permettre d'appliquer une loi sur l'eau exemplaire, moderne et cohérente», argumente Ami Lièvre. Qui s'empresse d'ajouter: «La taxe sur l'eau est le bouc émissaire des rancœurs des communes.» «C'est la goutte d'eau qui fait déborder le vase», ironise Jean-Pierre Faivre.

Les 83 communes jurassiennes - elles ne devraient plus être que 64 en 2009, au terme de sept programmes de fusions - n'ont pas digéré la décision populaire de 2004 de réduire la fiscalité de 5%. L'opération leur coûte 9 millions de manque à gagner. Toutes ou presque sont asphyxiées. Dix-neuf ont dû augmenter leur propre taux d'impôt, alors que le mouvement cantonal est à la baisse: 1% de réduction par an, dès 2009 et durant douze ans. «Sans compter la prochaine compensation de la progression à froid», s'insurge Jean-Pierre Faivre.

Appels au secours

Les maires multiplient les appels au secours. Le canton s'est montré peu réceptif. Tout au plus leur a-t-il octroyé 40 millions de sa part de l'or de la BNS. «Nous avons demandé de modifier la clé de répartition des charges de l'enseignement et du social, pour que nous puissions économiser 10 millions, l'équivalent de l'effet de la baisse d'impôt. Mais le gouvernement n'est pas entré en matière», relève Jean-Pierre Faivre.

Le ministre Charles Juillard s'applique à démontrer qu'il n'y a plus eu de report de charges vers les communes depuis 2005, le paquet «enseignement-social» étant stabilisé à 76 millions. Les 51 mesures destinées à éponger le déficit structurel du canton doivent faire économiser 4 millions aux communes. Mais elles ne perçoivent que les mauvaises nouvelles. «Après la taxe sur l'eau arrivera une nouvelle loi sur les transports publics, qui met 1,2 million à charge des communes. Il est temps de tirer la sonnette d'alarme.»

Les Jurassiens diront s'ils veulent de la loi sur l'eau et de sa taxe de 40centimes en principe le 30 novembre. En même temps que les élections communales.