Les congrès de l'Union démocratique du centre (UDC) sont réglés comme du papier à musique. L'assemblée des délégués tenue samedi à Muttenz près de Bâle pour voter les mots d'ordre en vue des votations fédérales du 27 septembre, n'a pas échappé à la règle. La quasi absence de débat fut particulièrement manifeste sur l'objet le plus chaud – la redevance poids lourds liée aux prestations (RPLP). Les deux heures de discussion ont cependant permis à quelques voix dissidentes d'appeler le parti à assumer ses responsabilités et à ne pas barrer la route à la taxe, clé de voûte de la politique fédérale des transports et des négociations bilatérales avec l'Union européenne.

Rescapé de la mainmise de l'UDC sur le Département des transports où Leon Schlumpf puis Adolf Ogi ont régné pendant quinze ans, le directeur de l'Office fédéral des transports Max Friedli est venu rappeler cet héritage. Mais le démocrate du centre a prêché dans le désert face aux siens. Lorsqu'il explique qu'avec la taxe, la Suisse construira les Nouvelles transversales ferroviaires alpines «non pas en premier lieu pour l'Europe, mais pour nous-mêmes», la salle s'esclaffe.

Adversaire de la première heure de la RPLP, Christoph Blocher sait si bien que ses troupes sont derrière lui qu'il n'a pas pris la peine de faire le déplacement de Muttenz. Le milliardaire zurichois était retenu par une assemblée générale de son entreprise. Mais il a tout de même participé à la réunion du comité du parti préparant le congrès. Selon un participant, il a croisé le fer avec le conseiller fédéral Adolf Ogi «mais sans avancer des arguments en rapport avec l'Europe». Il s'est concentré sur les aspects économiques de la taxe qui, pour ses opposants, va détruire 30 000 emplois. Le comité était déjà largement acquis à la version de Blocher. Si bien qu'à l'issue du congrès, Adolf Ogi a eu cette adresse pathétique à son parti: «Je sais que les opinions sont déjà faites, mais je vous remercie de m'écouter». Il n'a d'ailleurs pas parlé longtemps, tentant d'expliquer que la taxe était le seul moyen de protéger le pays de l'invasion des 40 tonnes. Au vote, 219 délégués contre 58 ont désavoué une fois de plus leur conseiller fédéral.

Le conseiller national argovien et transporteur Ulrich Giezendanner s'est fait le porte-drapeau des nombreux opposants. Face à un auditoire conquis, il ne s'est pas gêné de déployer une rhétorique musclée et ironique pour dénoncer «la volte-face» du Vorort – l'organisation patronale milite pour le «oui» – et les «mensonges» du Conseil fédéral. Entrant dans la guerre des chiffres qui caractérise cette campagne, Ulrich Giezendanner est allé jusqu'à mettre en doute les connaissances arithmétiques scolaires du socialiste Moritz Leuenberger. Des délégués de base se sont chargés de dire plus clairement encore que le clan du socialiste a «dénaturé» le dossier des transports hérité d'Adolf Ogi, quand bien même celui-ci rappelle qu'une taxe poids lourds lui a toujours semblé inéluctable.

La conseillère d'Etat bernoise Elisabeth Zölch a rejoint les voix de plusieurs femmes de poids du parti pour demander à ses pairs de se montrer «conséquents». Certains arguments de ses détracteurs la choquent. Mais surtout, elle s'effraie de voir son parti rejeter si facilement «sa responsabilité gouvernementale». Quant aux quelques Romands de l'UDC, ils sont restés muets, à part Marcel Blanc, ancienne figure de proue de l'UDC au Département fédéral des transports. Du fonds de la salle, il a plaidé pour une «taxe d'avenir» face au seul parti gouvernemental à la jeter aux orties (lire ci-contre).

Par 241 voix contre 1, les délégués de l'UDC ont encore affiché un non attendu à l'initiative «pour une 10e révision de l'AVS sans relèvement de l'âge de la retraite». Les agrariens sont tout aussi unanimes à rejeter l'initiative des petits paysans. Ils l'avaient déjà fait savoir en automne 1997.