Bientôt, les poubelles vaudoises changeront d’aspect. Plus de la moitié des habitants du canton utiliseront dès 2013 un sac-poubelle taxé. Réforme anodine? Non. Un coup d’œil chez leurs voisins fribourgeois montre les conséquences d’un déchet mal trié. Rien que la semaine dernière, le Tribunal de la Sarine a traité cinq dossiers de fraudeurs qui n’avaient pas respecté le règlement de la Ville de Fribourg ou celui de la commune de Marly.

Coupables ou innocents, tous se disent accusés à tort. Ils sont soit victimes de leurs voisins, d’un voleur ou encore d’une fausse accusation. Les deux personnes qui passaient devant le juge vendredi l’ont quitté avec des frais qui se montaient à un peu moins de 200 francs. Infligées par les communes, les amendes peuvent aller de 100 à 1000 francs.

Exemple avec Martine*, qui vend ses produits au marché de la ville, alors qu’elle vient de la banlieue. Un samedi de 2011, un policier trouve un petit cornet avec quelques déchets. Sur le cornet: une adresse, celle de Martine. Pour la police, celle-ci pratique le tourisme des ordures.

Non, explique l’accusée devant le juge. Elle a simplement oublié son sac à côté de son stand, mais ne l’a pas importé. Elle veut faire entendre sa vérité. L’amende de 140 francs est réglementaire, note-t-elle, mais l’accusation est fausse: «Ce n’est pas cette amende qui me fait réagir, même si c’est absurde pour un si petit cornet.» Le juge arrive à la même conclusion: Martine ne pratique pas le tourisme des poubelles. Mais elle devra payer son amende, car elle a bien oublié ses déchets.

Autre histoire avec Léo*, 20 ans. La police a retrouvé un cornet rempli de papier, avec deux chaussures à l’intérieur, vers les bennes à ordure. Une adresse sur une facture d’assurance maladie et Léo est vite retrouvé. Résultat: 190 francs d’amende. Devant le juge, il dit qu’on lui a volé son sac pendant qu’il faisait du sport. Que sa facture se trouvait à l’intérieur et qu’on l’a mise avec ses chaussures dans un cornet rempli de papier. Son histoire ne colle pas et le juge le condamnera à 160 francs.

Combien sont-ils à passer devant la justice? Difficile à dire. Le tribunal ne s’exprime pas. Les communes avouent ne pas le savoir. Toutes précisent qu’elles n’envoient pas les fraudeurs devant le tribunal. Ce sont les fraudeurs eux-mêmes qui s’opposent à leur condamnation.

Pour 2012, les déchets coûteront 4,9 millions de francs à la Ville de Fribourg, pour 20 266 tonnes. Les sacs taxés lui rapportent 3,3 millions. Elle a délivré 120 ordonnances pénales en 2011 et plus de 450 en 2010. Ce chiffre record s’explique par la présence d’agents de sécurité qui surveillaient les déchetteries dans la ville à cette époque.

Le socialiste Thierry Steiert est à la tête de la police locale. Ce type d’affaire, il en parle comme de la «routine». «Attention, souligne-t-il, la répression n’est qu’un des quatre éléments du système de la gestion des ordures: information, infrastructures, prévention, répression.» Pour lui, il s’agit de gens «qui manquent totalement de respect vis-à-vis de la collectivité». Le tourisme des déchets reste minoritaire.

La plus forte amende jusqu’ici atteignait plusieurs centaines de francs. «Il s’agissait d’une personne qui avait débarrassé sur le trottoir l’intégralité de son ménage juste avant son déménagement: fauteuils, meubles, immondices, etc.», se souvient l’édile.

Du côté de Marly – dont une administrée passait aussi devant la justice –, les déchets coûtent presque 900 000 francs par an. La commune a engrangé 2183 francs d’amendes en 2010, contre 91 francs en 2009. «Notre but n’est pas non plus de mettre des amendes», explique le syndic démocrate-chrétien, Jean-Pierre Helbling.

Les raisons de ces infractions? Méconnaissance, oublis et parfois acte mal intentionné, explique l’élu. «On a eu vu des automobilistes qui jetaient un sac vers une petite déchetterie sans même s’arrêter.»

Comment identifier les fraudeurs? En les attrapant sur le fait, comme cet homme qui avait jeté un emballage en plastique au pied du container ad hoc et qui avait suspendu un cornet rempli de verre «à l’entrée du container à verre». Autre solution: fouiller les poubelles à la recherche d’adresses sur des enveloppes, des factures, des journaux. Ce sont des agents assermentés qui le font. Même dans une poubelle, on ne plaisante pas avec la protection des données.

* Prénoms d’emprunt

Devant le juge, il prétend qu’on lui a volé son sac. Son histoire ne colle pas: 160 francs d’amende