La politique énergétique de la Suisse a changé fondamentalement en septembre 1990, lorsque le peuple approuva l'article constitutionnel sur l'énergie et le moratoire qui a bloqué tout nouveau projet de centrale nucléaire pour au moins dix ans et, sans doute, pour toujours. Parallèlement à ces décisions internes, la Suisse a pris des engagements internationaux qui l'obligent à contrôler les émissions nocives que ses industries lâchent dans le ciel. La convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques qu'elle a signée en 1992 à Rio a été ratifiée par le parlement l'année suivante. La Suisse a ensuite confirmé ses engagements lors du sommet de Kyoto en 1997, où un protocole fixant des objectifs impératifs de réduction des gaz à effet de serre a été adopté.

Le principal instrument destiné à concrétiser ces objectifs est la loi sur le CO2, en vigueur depuis le 1er mai 2000. Cette loi contraint la Suisse à retrouver d'ici à 2010 le niveau d'émissions de CO2 qui était le sien en 1990. Elle invite les acteurs économiques à trouver des solutions par eux-mêmes. Une taxe sur les émissions polluantes ne sera introduite que si ces objectifs ne sont pas atteints. Ce projet de taxe a d'abord été combattu par les milieux économiques. Ceux-ci ont fini par l'accepter à partir du moment où elle n'était plus qu'un instrument subsidiaire aux efforts consentis volontairement par les entreprises. Si elle devait être mise en vigueur, la taxe sur le CO2 ne frapperait cependant ni l'énergie nucléaire ni l'électricité importée d'origine polluante, comme le gaz ou le charbon.

Si la loi sur le CO2 a pour mission de remplir le mandat que la Suisse s'est assigné lors de conférences internationales, le débat énergétique, lui, est resté plusieurs années au point mort dans le pays. Bloqué par le moratoire, le débat sur l'avenir du nucléaire n'a repris que récemment. Il est encore très confus. Un avant-projet de révision de la loi atomique a été mis en consultation ce printemps. Il reflète les divergences de vue qui opposent les partisans de l'abandon progressif du nucléaire à ceux qui veulent prolonger la durée de vie des centrales (Beznau I et II, Gösgen, Leibstadt, Mühleberg) le plus longtemps possible. Un compromis acceptable par tous est difficile à trouver, à tel point que le Conseil fédéral a renoncé à proposer un délai de mise hors service des centrales.

Les antinucléaires, eux, n'ont pas attendu la fin du moratoire pour préparer la politique énergétique de demain. Plusieurs initiatives populaires ont en effet été lancées, et ce sont deux de ces initiatives qui sont à l'origine de la votation populaire du 24 septembre. L'initiative solaire et l'initiative «Energie et environnement», qui a été retirée entretemps, ambitionnent toutes deux de concrétiser le développement des énergies renouvelables, un objectif que le programme Energie 2000, lancé par la Confédération, n'a pas eu les moyens d'atteindre.

Chacune de ces deux initiatives s'est vu opposer un contre-projet qui vise à encourager les énergies renouvelables. Y compris la houille blanche produite par les barrages suisses. Les instruments proposés pour dévier les industries et les consommateurs des énergies polluantes en direction des ressources propres sont des taxes incitatives, semblables à celle sur les composés organiques volatils (COV) qui frappe les solvants depuis le 1er janvier 2000. Elles pénaliseront l'utilisation d'énergie d'origine nucléaire, de produits pétroliers (essence, mazout), de gaz et de charbon.

Elles auront pour effet de renchérir le prix de l'énergie, en particulier celui de l'électricité. Toutefois, si elles sont acceptées, elles déploieront leurs effets quasiment en même temps que la libéralisation du marché de l'électricité, dont on attend qu'elle diminue le coût du kWh. Il pourrait par conséquent y avoir effet d'annulation. C'est en tout cas ce qu'espèrent les partisans des taxes, notamment les cantons de montagne.

Dans les pages qui suivent, Le Temps explique en détail ce que sont les taxes mises en votation, dans quelle mesure elles renchériront le prix de l'énergie, ce qu'elles coûteront aux ménages, mais aussi comment la pollution sera réduite grâce à la promotion des énergies propres ainsi rendue possible.