Joseph Deiss a participé mercredi et jeudi à la quinzième conférence ministérielle de la francophonie à N'Djamena. Ce séjour dans la capitale du Tchad lui aura également permis de tenir plusieurs discussions bilatérales et de visiter les réalisations de la Direction du développement et de la coopération (DDC), le Tchad étant l'un des premiers pays de concentration de l'aide suisse au développement en Afrique subsaharienne. En décembre 2002, ce sera au tour de la Suisse d'accueillir, à Lausanne, la dix-huitième conférence ministérielle de la francophonie. Il n'en faudra pas moins pour attirer l'attention du public helvétique sur une organisation dont la notoriété souffre encore aujourd'hui de la timidité avec laquelle la Suisse s'y est engagée.

Scrupules

C'est avec beaucoup de scrupules, en effet, que Berne avait envisagé, à l'origine, de participer à un organisme voué à la promotion d'une seule langue nationale. Il fallut l'inclusion de Flavio Cotti pour que la Suisse abandonne son statut de simple observateur pour une participation à part entière. Elle s'y meut aujourd'hui, assure Joseph Deiss, avec beaucoup d'assurance et de décontraction, d'autant plus que les échanges y sont moins formels et plus directs que dans d'autres organisations.

Si la participation suisse demeure néanmoins peu connue du public, la francophonie, quant à elle, a gagné en visibilité grâce à la création d'un poste de secrétaire général confié à Boutros Boutros-Ghali, ancien secrétaire général de l'ONU. Elle a en même temps abandonné sa dimension purement culturelle au profit d'une approche plus politique dans le domaine de la promotion de la démocratie et de la défense des Droits de l'homme. Cette évolution amorcée l'an dernier à Bamako a été confirmée cette semaine à N'Djamena avec la création d'un conseil restreint en appui du secrétaire général.

Pour notre pays, sa participation à la francophonie, relève Joseph Deiss, permet de rencontrer des représentants d'Etats avec lesquels la Suisse n'entretient que des relations irrégulières et peu intenses. C'est aussi un forum qui dépasse le strict cadre des pays francophones, puisqu'il accueille comme membres ou observateurs des pays, tels la Bulgarie et l'Albanie, dont les relations avec la langue française sont difficiles à établir.

Rôle culturel

Cela montre, relève Joseph Deiss, que la francophonie n'est pas un exercice en circuit fermé, mais qu'elle traduit un état d'esprit et une façon de voir les choses de la part de tous ceux qui ont, à un titre ou à un autre, un atome crochu avec le français. La francophonie demeure la seule instance internationale à mettre l'accent sur la promotion de la démocratie.

Il ne faut pas pour autant sous-estimer le rôle culturel de l'organisation, dont l'une des plus belles réussites demeure TV5. La Suisse consacre une bonne moitié de sa participation annuelle de treize millions de francs au fonctionnement de cette chaîne, qui permet entre autres la diffusion du journal de la TV romande aux quatre coins du monde.