Les premières enquêtes conduites après le drame de Stresa et la chute d’un téléphérique se sont conclues par plusieurs arrestations ce mercredi matin. Trois hauts responsables de la société Ferrovie del Mottarone, gérant le téléphérique, ont été placés en détention. Plusieurs anomalies non résolues auraient effectivement dû déclencher le système de freinage d’urgence. Mais le dirigeant de la société gestionnaire du téléphérique, le directeur de la structure et le chef opérationnel ont reconnu que le frein d’urgence avait été volontairement désactivé afin d’éviter l’interruption de la liaison. Selon la procureure Olimpia Bossi, citée par les médias italiens, ils savaient que la cabine du téléphérique circulait sans frein d’urgence depuis le 26 avril, jour de la réouverture de l’installation après plusieurs mois de fermeture.

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«Les responsables du téléphérique – tout à fait conscients de ce qu’ils faisaient – ont décidé de désactiver le dispositif de freinage sur la cabine… Et donc lorsque le câble s’est rompu, le système d’urgence n’a pas pu fonctionner», a précisé la procureure. Une justification purement économique qui aura coûté la vie à 14 personnes. Une prise de décision difficilement imaginable de notre côté des Alpes, mais pas impossible si l’on en croit certains experts que nous avons interrogés.

«Nous ne savons pas encore avec certitude ce qui a causé l’accident. Nous ne pouvons donc pas spéculer sur le fait que cela serait possible en Suisse. Indépendamment, vous pouvez déjouer n’importe quel système si vous le souhaitez – même le frein d’urgence d’un téléphérique. Bien sûr, cela est interdit», précise Michael Müller, porte-parole de l’Office fédéral des transports (OFT).

1800 installations en Suisse

En Suisse, la désactivation des différents systèmes de freinage sur les téléphériques ne peut, en principe, être réalisée que dans le cadre d’un contrôle. «La maintenance des freins est un élément essentiel, c’est la première chaîne de sécurité», appuie Paul Glassey, gérant d’une société spécialisée dans la conception et la planification d’installations de téléphériques. L’ingénieur rappelle, par ailleurs, que la mise hors service d’un système de freinage s’effectue par le biais de l'opération très technique et manuelle qu’est le pontage. «Dans les faits, rien n’empêcherait donc des personnes malhonnêtes de le faire volontairement. C’est une question de responsabilité», poursuit-il.

La Suisse compte à ce jour 1800 installations téléphériques dont 650 bénéficient d’une concession fédérale. Les téléskis, petits téléphériques dont la capacité n’excède pas huit places, ainsi que les installations sans transport commercial de voyageurs relèvent, eux, des cantons. Si la sécurité des différentes exploitations incombe aux entreprises gestionnaires, l’Office fédéral des transports (OFT) procède ponctuellement à des contrôles de vérification de cette responsabilité.

Certaines exploitations sont restées un certain temps fermées en raison de la pandémie de Covid-19 engendrant des procédures d’entretien rigoureuses. «Si une installation est à l’arrêt pendant une période prolongée, tous les travaux de maintenance nécessaires qui n’ont pas été effectués pendant cette période doivent être rattrapés avant la reprise de l’exploitation», rappelle Michael Müller. En dépit du maintien de la saison de ski, la plupart des remontées mécaniques du pays ont souffert d’une baisse de fréquentation cet hiver.