Grand moment d'émotion samedi lorsque Rolf Schweiger est intervenu à la tribune. Le Zougois a démissionné le 5 novembre avec effet immédiat de la présidence du PRD, psychiquement au bout du rouleau. Devant les 260 délégués réunis à Soleure, il a choisi de revenir, avec beaucoup de dignité, sur cet épisode douloureux de sa vie, intervenu sept mois seulement après sa nomination à la tête du parti. Pour expliquer, «une première et dernière fois», comment son corps a été plus fort que sa volonté, témoigner de sa descente aux enfers et de son séjour de plusieurs semaines en clinique. Des confessions inhabituelles dans le landerneau politique. Morceaux choisis de son discours, ponctué de longs applaudissements. Le silence revenu, Rolf Schweiger a dû retenir ses larmes devant une ovation debout.

«Déjà lors de la session parlementaire de septembre, des peurs toujours plus fortes m'envahissaient et me bloquaient dans mon travail. J'ai remarqué, des gens de mon entourage aussi, que ma gaieté, mon envie et ma créativité me lâchaient. L'Assemblée des délégués du 23 octobre à Martigny s'est transformée pour moi en cauchemar, car je ne tenais debout que grâce à des pilules prescrites par les médecins […]». «Sept jours plus tard, j'ai appelé ma famille et mes amis les plus proches. Ils ont pris ma situation au sérieux et j'ai dû prendre l'une des décisions les plus difficiles de ma vie […]». «Les jours suivants furent un supplice […]. Je ne broyais plus que du noir. Je tournais en rond dans mes pensées, les mêmes craintes me revenaient […]. Allais-je pouvoir vivre libre de toute pensée et sentiment dépressifs? Que pense l'opinion publique de ma décision? Comment réagissent mes amis, mes connaissances, mes clients? Serais-je à nouveau accepté ou suis-je déjà effacé à jamais? Voilà les scénarios d'horreur qui me hantaient.»

«Une partie de ma thérapie a été d'être coupé de toutes informations extérieures. Sans télévision, sans radio ni journaux et sans conversations politiques. Quelques jours après mon entrée en clinique, mon médecin m'accorda toutefois une exception: j'appris par lui que ma décision avait été comprise par l'opinion publique et que ma responsabilité n'avait pas été remise en question […]». Rolf Schweiger s'est senti encore davantage libéré de ses tourments lorsqu'il a pu lire les nombreuses lettres qui lui ont été adressées et se rendre compte de l'élan de sympathie que sa franchise a engendré. Pour démontrer que la maladie psychique ne doit pas être stigmatisée, il veut remonter la pente, se concentrer sur l'actualité politique aux Chambres et suivre plus particulièrement les dossiers financiers du PRD. Il est reparti de Soleure soulagé, avec deux cadeaux: deux billets pour un meeting d'athlétisme à Zurich et surtout la possibilité de suivre une étape du Tour cycliste de Suisse dans une voiture-balai. Son rêve de petit garçon.