Le Temps: Depuis quelques années des réformes légales sont lancées pour faciliter la naturalisation. Quel est leur effet?

Jean-Pierre Tabin: Le nombre de naturalisations est en progression. En 1998, 21 277 personnes l'ont obtenue (plus du double de 1991), compensant ainsi le déficit de naissances des Suisses. Cette progression résulte surtout de l'autorisation de la double nationalité en Suisse, dès 1992. Plus d'un quart des naturalisations ont été le fait de citoyens italiens. Mais d'autres pays, l'Espagne notamment, ne reconnaissent pas la double nationalité, ce qui est un obstacle de taille.

– Le taux de naturalisation (1,6%) demeure très faible en comparaison internationale. Pourquoi?

– La procédure de naturalisation helvétique reste longue, complexe et souvent onéreuse, puisqu'elle peut coûter jusqu'à plusieurs dizaines de milliers de francs suisses. Le canton de Genève est un des plus chers. Les cantons et les communes suisses fixent en outre des règles très différentes pour l'accès à la citoyenneté et, de manière générale, n'en encouragent jamais l'accès.

– On ne peut donc pas dire que le temps des «faiseurs de Suisses» soit révolu?

– Pas encore hélas, la procédure rend difficile l'acquisition de la nationalité, pratiquement et psychologiquement aussi puisqu'elle est à bien des égards humiliante. Surtout dans certaines communes où l'on fait passer de véritables examens de civisme, d'histoire ou de géographie aux candidats, où l'on va estimer leur «intégration» sur la base de leurs connaissances du folklore ou leur participation aux associations locales.

– Dans le fond, les réformes légales facilitant la naturalisation satisfont-elles un véritable besoin des étrangers? De la Suisse?

– Qu'est-ce que la démocratie, sinon l'application du principe selon lequel les personnes qui vivent sur un territoire ont le droit participer activement a sa gestion? En Suisse, plus d'un quart de la population adulte n'a pas ce droit. L'Irlande, la Suède, le Danemark, les Pays-Bas, l'Espagne ou le Portugal accordent le droit de vote au niveau local aux étrangers, la discussion est en cours en Italie ou en France.