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«Le Temps» du féminisme

Dans le sillage de la grève des femmes le 14 juin prochain, qui se profile comme l’un des grands événements politiques de 2019, le journal s’est donné pour mission de documenter les conséquences des inégalités en Suisse

D’abord il y a l’impression, partagée par les militantes, historiennes, politologues ou journalistes, qu’il se passe quelque chose. Le mot «féministe» se drape d’une aura désirable, en particulier depuis que des femmes puissantes et charismatiques – et des hommes – ont décidé de s’en revendiquer. Merci Beyoncé, Chimamanda Ngozi Adichie, Emma Watson ou Barack Obama.

Mais ce regain d’intérêt n’est pas qu’une mode vouée à passer. On assiste à une nouvelle prise de conscience, amplifiée par les réseaux sociaux, avec des effets surprenants et durables, jusqu’en Suisse. A Zurich, le nombre de politiciennes élues au parlement le 24 mars dernier a dépassé la barre des 40% (contre 27,9% en moyenne, dans les législatifs cantonaux). Des statistiques publiées la semaine dernière montrent que les femmes elles-mêmes sont un levier de ce record: les jeunes électrices n’ont jamais été aussi nombreuses à se rendre aux urnes. La société civile se mobilise.

Lire: La grève de toutes les femmes! (Opinion. Collectif d’initiatrices et militantes du mouvement pour la grève des femmes)

Il se passe quelque chose à la rédaction du Temps, aussi. En 2018, nous avons fait de l’égalité l’une des causes défendues pour nos 20 ans. Et, dans le sillage de la grève des femmes le 14 juin prochain, qui se profile comme l’un des grands événements politiques de 2019, le journal s’est donné pour mission de documenter les conséquences des inégalités en Suisse. Le travail non rémunéré, bastion féminin. Les freins des mères dans leur carrière. Le combat pour dynamiser la représentation politique aux élections fédérales. Le fléau sous-estimé des violences domestiques. Les parcours de femmes cheffes d’entreprise, sans-abri, paysannes, politiciennes ou issues de minorités.

Rares sont les pays où, comme en Suisse, il existe un tel décalage entre le niveau de vie et les inégalités entre hommes et femmes. Mais la Suisse est aussi un pays d’innovation. Nous irons dénicher des exemples qui contribuent à rendre la société plus égale et plus prospère.

Lire aussi: «Lorsque les femmes s’arrêtent, c’est l’ensemble de la société qui s’arrête»

Défendre l’égalité? Facile, seriez-vous peut-être tenté de dire, puisque tout le monde est d’accord. Faux. Pas plus tard que la semaine dernière, l’un de nos fidèles lecteurs nous appelait pour se plaindre: «Vous ne parlez plus que de cela! Les femmes n’ont pas besoin que l’on parle d’elles.» Qu’il prenne son mal en patience, car nous n’avons pas terminé. Si les discriminations, les écarts de salaire et d’opportunités politiques perdurent, quand bien même l’égalité est inscrite dans la loi, c’est parce que les résistances demeurent à tous les niveaux de la société: économique, familial, politique.

Lire encore: Le patronat ne veut pas de grève des femmes

Dans les rédactions, les freins ont pu se traduire par un désintérêt à l’égard de sujets touchant aux enjeux féministes, réservés aux éditions du 8 mars ou ignorés. Une anecdote: il y a seulement deux ans, une campagne sur Twitter contre le sexisme passait presque inaperçue dans les médias. Puis il y a eu l’affaire Weinstein et #MeToo. Et le sujet du harcèlement est devenu incontournable. Les médias ne reflètent pas la place qu’occupent les femmes dans la société, puisqu’elles y sont en général sous-représentées. Nous comptons bien remédier à cela.


Un peu d’histoire:

La joyeuse contestation qui inspire la grève des femmes du 14 juin (sur la grève de 1991)

Martine Gagnebin: «La grève des femmes est l’enfant du suffrage féminin» (comment Vaud est devenu en 1959 le premier canton suisse à accorder le droit de vote cantonal et communal aux femmes)

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