Les canards et le fromage Les cinq enfants avaient 14 journaux à leur disposition: 10 quotidiens romands, dont Le Temps; deux magazines, L’Hebdo et L’Illustré de la semaine; Le Monde et L’Equipe. Largement de quoi décoder les grandes et petites actualités, dont ils ont entendu l’énumération lors de la conférence de rédaction. Là où un des «grands», Vincent, a démontré qu’il en savait plus que tout un chacun sur les formidables enjeux du prochain Grand Prix de Formule 1, à Abu Dhabi.

Marie (11 ans et demi) lit les journaux surtout pour les stars type Madonna et Lady Gaga. Mais elle se dit par ailleurs amatrice du… Nouvel Observateur. Et, lorsqu’elle va en Valais, du Nouvelliste. Elle s’est donc précipitée sur L’Illustré, parce qu’on y «parle beaucoup de gens connus».

Roxane (11 ans), elle, a choisi… Le Temps, dans lequel elle a particulièrement apprécié la page Sciences & Environnement, consacrée au recyclage des déchets aux Philippines: «Quelle bonne idée!» s’exclame-t-elle.

Il lit habituellement 20 Minutes, «qu’on trouve même à la gare de Saint-Prex». Tout aussi sensible à l’écologie, Elie (11 ans), qui parfois participe au nettoyage des forêts et y trouve même de «vieux caleçons, berk», a choisi Le Matin. Page 7, un article sur l’impact de la balle qui avait blessé un policier dans l’affaire du forcené de Bienne. «C’est rare, un policier blessé, en Suisse», dit-il.

Joey (10 ans) s’est scotché quant à lui sur la page Une du Monde. Commentaire effrayé sur la marche du monde: «C’est vraiment grave, cet affrontement entre Pékin et Washington [qui] dominera les débats du G20 à Séoul». Impressionnant.

Enfin, Julien (10 ans), comme tout bon fan de foot, s’est tourné vers L’Equipe, en admirateur de Benzema qui a marqué lors de son match avec le Real.

Les oubliés – on en a à peine parlé –, ce sont les journaux régionaux, peu «demandés». Sauf «ce canard de Gruyère». «C’est marrant», ce nom de fromage pour un journal…Par Olivier Perrin ■ Les jobs rêvés d’adultes

«Quelle profession choisirait-on si on pouvait en changer d’un coup de baguette magique?» A l’occasion de la journée consacrée à la découverte des métiers, cinq reporters d’un jour ont décidé de poser la question aux passants et voyageurs de la gare CFF de Genève.

Noémie, Clémence, Jesse, Vincent et Sonlam quadrillent le hall et les quais. Les bruits du chantier qui transforme Cornavin assomment les pendulaires pressés. Après quelques hésitations, ils se lancent. Accompagnés d’un photographe et d’une camerawoman, ils abordent leurs «victimes».

Un pilote dans sa locomotive rêve de s’occuper d’enfants avec des problèmes psychologiques. Un chauffeur de taxi implore un gain au loto pour sa retraite. Deux filles en attente sur la place font le grand écart: l’une construirait bien des avions, l’autre se verrait en actrice.

Au fil des rencontres, les cinq envoyés du Temps prennent de l’assurance. Deux trentenaires en costume sont consultants et le resteraient. Une étudiante pose sur un banc public. Elle raconte son stage d’ingénieur. La nature et l’environnement la passionnent tout comme créer de nouveaux matériaux. Un chef de gare immense enveloppé dans une combinaison orange se prépare à changer de métier sans quitter le chemin de fer. Il conduira bientôt motrices et convois. Emportée par le vacarme d’un long train marchandises, une employée de banque deviendrait volontiers maîtresse d’école. Une créatrice de sites internet partirait à l’instant en reportage autour du monde.

Noémie, Clémence, Jesse, Vincent et Sonlam, eux, s’arrêtent là. Cornavin continue de tourner. Une fois la rédaction regagnée, ils se mettent au travail. Les cinq apprentis journalistes découvrent le vertige de la page blanche. Puis la noircissent. Par Marco Danesi