Succédant à Eric Hoesli et à Jean-Jacques Roth, lequel partira sous peu à la Radio Télévision Suisse, Pierre Veya sera dès le 1er mai le nouveau rédacteur chef du Temps. Ce Jurassien de 49 ans a fait ses armes à L’Impartial avant d’occuper des postes à responsabilité à L’Hebdo puis à L’agefi. Pierre Veya a rejoint en 2005 la rédaction en chef adjointe du Temps. Hier après-midi, peu après l’annonce de sa nomination, le journaliste a assuré la rédaction de sa volonté de développer encore plus l’orientation qualitative du titre: «Le Temps, a-t-il noté, devra plus que jamais avoir une haute tenue intellectuelle.»

Le Temps: Quel a été l’atout qui a fait pencher la balance en votre faveur? Etre du sérail?

Pierre Veya: C’est sans aucun doute un atout, d’autant que la rédaction soutenait clairement une candidature interne. C’est aussi un handicap objectif: tout conseil d’administration doit se poser la question de savoir si du sang neuf n’est pas préférable à une promotion interne. Ce qui a convaincu le conseil d’administration est ma forte détermination à poursuivre le développement du Temps en respectant son identité. Tout en apportant des changements importants pour satisfaire les hautes exigences du lectorat papier ou électronique.

– Quel est dans votre formation, ou votre expérience passée, l’acquis qui vous aidera le plus dans votre nouvelle responsabilité?

– Sans doute le fait d’avoir assumé des responsabilités de chef de rubrique très tôt dans ma carrière. J’ai développé des projets dans tous les journaux dans lesquels j’ai travaillé.

– Vous travaillez depuis bientôt cinq ans au «Temps». Vous pourriez être vu comme l’homme de la continuité tranquille. Le journal n’est-il pas au contraire appelé à fortement évoluer?

– Ceux qui me connaissent de l’intérieur savent que j’aime le changement. J’aime prendre des risques, tant sur le plan intellectuel qu’au plan éditorial.

– Quelle doit être la place du «Temps» dans le paysage médiatique romand?

– Sa place actuelle existe déjà; elle est magnifique. Le Temps est une référence dans le journalisme et, dans son créneau, unique. C’est une chance et une formidable opportunité.

– «Le Temps» doit-il accorder plus d’attention à son lectorat féminin?

– Vous dire oui est tellement évident. Mais, ce que j’entends par lectorat féminin, c’est une approche plus culturelle, plus profonde et surtout moins «guerrière» du monde.

– Allez-vous toucher aux effectifs du journal?

– Les effectifs du Temps devront toujours être adaptés à ses besoins et à ses moyens.

– Allez-vous faire venir des forces de l’extérieur?

– J’y songe. Le sang neuf est toujours une chance nouvelle qui se présente. Ce qui me préoccupe surtout est de préparer les journalistes qui seront les talents de demain.

Votre formation est économique. Vous êtes passionné par ce domaine. «Le Temps» deviendra-t-il un journal essentiellement économique?

– Non. Le Temps est un journal généraliste avec une partie économique proportionnée à un journal de son rang.

– Dans quel univers politique et économique vous inscrivez-vous?

– Dans celui qui fait de la liberté la plus belle espérance humaine. Autant je pense que les acteurs économiques doivent être libres et responsables de leurs actes, autant j’insiste pour que les règles du jeu fixées par l’Etat soient respectées. L’Etat n’est pas un ennemi mais un arbitre qui doit être fort et impartial. Je suis libéral au sens large du terme mais j’accorde aussi une très grande importance aux principes de solidarité qui font que les hommes sont dignes. D’un journal édité à Genève, je ne peux que m’inscrire dans une vision humaniste, ouverte au monde et européenne. Mais je rassure tout de suite les lecteurs du Temps: le titre conservera son libre arbitre et son devoir de jugement sans a priori idéologique. Il sera davantage encore un titre qui organise le débat et où se forgent les idées.

Vos autres forts centres d’intérêt sont la science, la technique et l’énergie. «Le Temps» s’orientera-t-il davantage dans ces directions?

– Je ne serai pas le rédacteur en chef qui imposera ses dadas. La science, la technique (l’énergie en fait partie), l’environnement sont des thèmes majeurs qui ont leur place dans un quotidien comme Le Temps mais pas davantage que les domaines culturels ou «sociétaux».

Quels sont vos intérêts dans le domaine de la culture?

– Les débats, tout ce qui met en tension les sens et rend ce monde plus beau et intelligible.

– L’actualité people vous intéresse- t-elle?

– Oui, mais lorsqu’elle est traitée avec un art de la narration, comme Stéphane Bonvin sait si bien le faire.

– Comment voyez-vous «Le Temps» dans cinq ans?

– Plus fort, plus percutant et encore plus indispensable.