Avec l'imminence des renvois, la tension autour du dossier des 523 requérants d'asile vaudois définitivement déboutés est de plus en plus grande. Elle a débordé jeudi matin jusque dans la conférence de presse organisée par Jean-Claude Mermoud pour rendre compte de son voyage en Bosnie. Venus sans accréditation et refusant de quitter la salle, trois membres de la coordination asile ont été expulsés.

L'épisode témoigne de l'infranchissable fossé qui existe entre les deux parties. Du côté du Conseil d'Etat et du Service de la population (SPOP) on souligne que le refus de l'aide au retour rend désormais exécutoires les renvois par la force. Onze requérants, soit une femme kosovare seule, et deux familles kosovares avec chacune trois enfants sont désormais sous cette menace. Une autre famille a accepté au dernier moment l'aide au retour.

Aides «personnalisées»

Chef du SPOP, Henri Rothen rappelle que ces aides sont modulées selon l'acceptation des procédures et les lieux de rentrée. Pour les communes de la vallée de la Drina d'où viennent quelque 120 personnes (Srebrenica, Bratunac, Vlasenica et Zvornik), les programmes de l'Organisation internationale des migrations (OIM) complètent ceux de la Direction du développement et de la coopération (DDC) et celui que le canton a organisé avec l'entraide protestante (EPER). Dans le reste de la Bosnie, les programmes de l'OIM et de la DDC sont jugés suffisants. Mais en cas de retour forcé seul un programme minimal de la DDC (information, soutien d'urgence) subsiste.

Jean-Claude Mermoud a estimé que des «signes encourageants de rapprochement entre les communautés» étaient perceptibles sur place. Il a surtout décrit le caractère très personnalisé de l'aide au retour, notant que la date de départ pouvait par exemple être discutée. Pour lui, ces retours peuvent aussi se dérouler durant l'hiver. Il a également insisté sur l'équilibre des programmes helvétiques de reconstruction, qui concernent également les populations restées sur place, afin d'éviter des jalousies.

«Le ministre est autiste!»

Au SPOP, qui avoue «être pratiquement accaparé par ce seul dossier», la nervosité monte. Henri Rothen a insisté sur le fait que les refus des plans de vol et l'entrée dans la clandestinité entraînaient la fin de toute assistance sociale. En retour, Yves Sancey, de la Coordination asile, a dénoncé «l'utilisation de la faim pour aboutir aux renvois». Dans un long communiqué, la Coordination s'en est prise à «l'autisme» du conseiller d'Etat, estimant que les programmes d'aide au retour ne sont «que du vent».

Même si Jean-Claude Mermoud a répété que personne ne serait arrêté dans les bureaux où les gens sont convoqués pour discuter leur plan de vol, la Coordination déconseille à ceux qu'elle soutient de participer à ces rencontres. Un nouveau refuge a par ailleurs été ouvert à Vevey.