Genève

Tensions autour de la politique de renvoi de requérants

En moins d’une semaine, deux conseillers d’Etat et le rectorat de l’Université de Genève ont manifesté leur désapprobation des expulsions exécutées (ou sur le point de l’être) par le canton. Ils appellent à une application moins aride de la loi

A Genève, le renvoi de demandeurs d’asile déboutés a souvent généré des mouvements de protestation. Mais depuis une semaine, la contestation semble avoir pris de l’ampleur. En l’espace d’une semaine, les deux magistrats de gauche de l’exécutif cantonal et le rectorat de l’Université de Genève ont publiquement manifesté leur désapprobation des expulsions exécutées (ou devant l’être) par le canton sur ordre du Secrétariat d’état aux migrations (SEM). Bien que les cas particuliers sur lesquels ces derniers se sont exprimés diffèrent, ils appellent en chœur les autorités cantonales et fédérales à faire preuve d’humanisme et de flexibilité dans l’exécution de ces mesures.

Informations discordantes

A la tête de l’Instruction publique, la conseillère d’Etat Anne Emery-Torracinta s’émeut de plusieurs renvois touchant des élèves scolarisés. «Au moins quatre cas où des familles ont été soit séparées, soit expulsées malgré des enfants très fragiles», avance la socialiste dans les colonnes du Matin Dimanche. Le dernier renvoi concerne celui d’un couple et de ses trois enfants vers le Kosovo. Après avoir essuyé deux refus de leurs demandes d’asile (respectivement en 2004 et en 2016), la famille a été expulsée par vol spécial le 9 décembre. Et ce, alors que leur fils aîné présenterait des troubles du langage, des difficultés émotionnelles et un stress post-traumatique liés au viol de sa mère dont il aurait été témoin à l’âge de deux ans, affirme l’hebdomadaire. Par ailleurs, le couple marié sans assentiment de leurs familles serait menacé de mort s’il venait à retourner dans leur pays, selon la pétition ad hoc déposée au Grand Conseil.

Berne aurait estimé que la famille ne courait aucun risque à un retour et que les traitements médicaux de la mère et de ses enfants étaient disponibles «sur place». Selon le directeur général de l’Office cantonal de la population et des migrations, le SEM aurait fait appel à des spécialistes psychiatriques qui auraient confirmé que «la vraisemblance des violences faites à la femme n’est pas avérée».

L’alma mater sort de sa réserve

Le rectorat de l’Université de Genève, lui, espère faire surseoir le renvoi de Dagun, un étudiant de 24 ans, originaire de Tchétchénie. Détenu administrativement depuis le 2 décembre à Frambois (GE) dans l’attente de son expulsion vers la Russie, le jeune homme s’est d’abord vu soutenu par la communauté estudiantine avant de recevoir l’appui de l’alma mater. Pour s’être montré publiquement favorable à l’indépendance de son pays, ce dernier estime être menacé s’il venait à retourner à Moscou. A quelques mois seulement de décrocher son bachelor en «français langue étrangère, littérature et civilisation russe», sans antécédents judiciaires, il s’est vu débouté de sa demande d’asile par les autorités fédérales. Mais selon son avocate, Me Magali Buser, de «nombreuses pièces n’ont pas été produites» lors de sa demande d’asile, laquelle a recouru devant la Cour de justice. Adjoint au rectorat de l’Université, Mathieu Crettenand attendrait des autorités que l’étudiant puisse «ad minima» terminer sa formation, estimant qu’il s’agit là d’un «droit». Une pétition circule actuellement sur le Net pour empêcher son renvoi. A l’heure où nous écrivons ces lignes, le texte a recueilli plus de 2600 paraphes.

Deux rassemblements prévus mardi à Genève

Contacté, le conseiller d’Etat Pierre Maudet n’a pas souhaité s’exprimer «pour le moment». Chargé d’exécuter les décisions du SEM, le magistrat libéral-radical s’était défendu dans nos colonnes de disposer d’une marge de manœuvre qui revient à ses yeux à la Confédération. «Et c’est tant mieux pour préserver une approche unifiée pour tous les cantons», affirmait l’élu. Ce mardi, un rassemblement de soutien à Dagun se tiendra devant les Bastions à 12h00 tandis qu’un autre rassemblement «de soutien et protestation» est prévu à Avully, commune qui a hébergé la famille désormais au Kosovo.

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