ALe gouvernement chilien n'est pas vraiment heureux d'apprendre que Patricio Ortiz, ancien membre du Front patriotique Manuel Rodriguez, vient d'obtenir une prolongation de son admission provisoire en Suisse. A peine la décision connue, Ignacio Walker, le ministre chilien des Affaires étrangères, a annoncé qu'il enverrait une note de protestation à Berne. La colère des autorités chiliennes a toutefois pu être quelque peu amplifiée par les déclarations trompeuses de Patricio Ortiz: il a laissé entendre à la télévision chilienne qu'il avait obtenu le statut de réfugié politique.

Patricio Ortiz militait dans un mouvement révolutionnaire combattant la dictature militaire du général Augusto Pinochet. Il est en Suisse depuis 1997. Condamné le 20 juin 1995 à dix ans de prison par un tribunal militaire pour l'assassinat d'un officier de gendarmerie en février 1991, il s'est échappé fin 1996 de la prison de haute sécurité de Santiago en hélicoptère. Venu se réfugier en Suisse, il y demande l'asile politique en juillet 1997. L'ex-Office fédéral des réfugiés le lui refuse. Motif: il fait l'objet d'une poursuite pénale légitime.

Patricio Ortiz obtient en revanche une admission provisoire le 3 septembre 1998, après une année en détention préventive à Zurich: Berne renonce à l'extrader en raison des risques de mauvais traitements dans son pays. C'est précisément ce statut que les juges de la Commission des recours en matière d'asile ont décidé de prolonger fin juin, une fois sa situation réévaluée. «Il n'a donc pas obtenu le statut de réfugié politique», confirme Dominique Boillat, porte-parole de l'Office fédéral des migrations (ODM). C'est pourtant ce que le principal intéressé a laissé entendre à Canal 13, chaîne de télévision chilienne. Patricio Ortiz aurait même ajouté qu'il obtiendrait bientôt un passeport international, fait qui paraît peu vraisemblable aux yeux de Dominique Boillat.

Tensions en 1998 déjà

En 1998, déjà, la décision d'accorder l'admission provisoire à cet opposant chilien avait créé des tensions, sans pour autant aboutir à une rupture des relations diplomatiques. Le Chili avait rappelé son ambassadeur en Suisse en septembre et ne l'avait renvoyé à Berne que quatre mois plus tard. Marié à une Suissesse, Patricio Ortiz est aujourd'hui au bénéfice d'un permis B. De ce fait, son admission provisoire ne pourrait être levée qu'en cas de divorce ou d'agissements graves, la situation au Chili le concernant restant la même. Tout laisse donc penser que le Chilien sera durant de très longues années au bénéfice d'une admission provisoire. Les autorités chiliennes devront se faire à cette idée.