Une semaine après le suicide d’Alireza, jeune requérant d’asile afghan de 18 ans hébergé au foyer de l’Etoile, la tension ne faiblit pas à Genève. L’affaire prend même un tournant politique, les autorités cantonales et fédérales se renvoyant les responsabilités dans ce drame. Jeudi en fin de journée, quelque mille personnes ont manifesté leur colère devant l’Hospice général, responsable de l’accueil des requérants d’asile mineurs non accompagnés (RMNA), puis devant le siège du Conseil d'Etat, où une délégation de jeunes a rencontré le ministre de tutelle, Thierry Apothéloz, pour lui faire part de leurs revendications. Dans la foule, des amis d’Alireza qui pour certains manifestaient pour la première fois de leur vie, mais aussi des associations actives dans le domaine de l’asile, des syndicats ou encore des inconnus, venus témoigner leur soutien.

La veille, le gouvernement genevois avait interpellé le Secrétariat d’Etat aux migrations (SEM) sur ses pratiques en matière de renvoi de personnes en situation de détresse psychologique comme l’était Alireza. Interrogé, le SEM répond de nouveau qu’il examine chaque demande individuellement et que la mention d’un risque suicidaire ne contraint pas les autorités à revoir leur position. Il ajoute que les mesures de prévention du suicide sont de la responsabilité du canton.

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Une foule lassée des «belles promesses»

Face à la foule en émoi, le directeur de l’Hospice général, Christophe Girod, a lui aussi qualifié le renvoi vers la Grèce de «décision incompréhensible aux conséquences tragiques». Pas de quoi calmer l’indignation et la tristesse des manifestants qui, lassés des «belles promesses», n’ont cessé de scander «Hospice injustice» dans un froid glacial, appelant à une amélioration des conditions de vie des RMNA au risque qu’un nouveau drame ne se produise. Après une discussion houleuse, le directeur, qui s’est entretenu avec une délégation de jeunes, est parti sous les huées non sans avoir admis que «tout n’était pas parfait».

Lors des prises de parole, un même leitmotiv: une détresse face à une «politique d’asile meurtrière qui empêche l’intégration», mais aussi face à «l’indifférence de l’administration qui traite les requérants comme des numéros». «Les pouvoirs ne font pas attention à notre danse.» C’est avec cette phrase qu’Alireza a conclu sa lettre d’adieu adressée au SEM. «Il voulait dire par là qu’il se sentait invisible», confie l’un de ses amis.

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