Transparence

Des tensions minent l'association des lobbyistes

L'ancien préposé à la protection des données Hanspeter Thür devient président de la commission de déontologie. Mais la réforme interne est prise entre deux courants contraires

Hanspeter Thür est le nouveau président de la commission de déontologie de la Société suisse de public affairs (SSPA), la faîtière des lobbyistes. Mais cela n'est pas allé sans mal. Constatant que la SSPA risquait d'assouplir ses exigences de transparence sous la pression de certains de ses membres, l'ancien préposé fédéral à la protection des données a dû fixer ses conditions: si ces règles sont allégées, il refusera de devenir président de cet organe d'éthique. Pour calmer le jeu, l'assemblée générale de la SSPA a décidé mardi de renvoyer d'une année la réforme de son règlement.

La transparence du lobbyisme est un serpent de mer. Il y a des années qu'on cherche des solutions, mais celles-ci sont difficiles à trouver. La SSPA avait franchi un pas important en se dotant il y a deux ans d'un code et d'une commission d'éthique. La plupart de ses membres - ils sont aujourd'hui 230 - avaient accepté de publier leurs mandats et leurs clients conformément au nouveau règlement. Mais quelques lobbyistes privés ainsi que certains bureaux de communication rechignent à le faire. En 2015, 13 membres ont démissionné, mais 27 nouveaux sont arrivés, souligne le président de la SSPA, Stefan Kilchenmann. Si les règles sont assouplies, il craint qu'une quinzaine d'autres membres quittent l'association.

«C'est des agences que viennent les problèmes»

Il y a en fait un fossé entre deux catégories de lobbyistes. Il y a ceux qui défendent les intérêts d'une entreprise ou d'une organisation; c'est le cas de Stefan Kilchenmann, qui représente Swisscom. Et il y a ceux qui travaillent pour des agences comme Farner, Burson-Marsteller, Furrerhugi, Hirzel.Neef.Schmid, Dynamics Group ou Köhler, Stüdeli & Partners.

C'est de ces derniers qu'est venue la contestation. Ils considèrent que la transparence devrait se limiter aux mandats de lobbying et que les autres activités (relations publiques, conseil) ne devraient pas être obligatoirement annoncées. «C'est toujours de ces agences que viennent les problèmes. On l'a vu avec l'affaire Markwalder et on vient de le voir avec Alpiq», tonne Martin Schläpfer, lobbyiste de Migros et membre influent de la SSPA. Il fait référence à un rapport stratégique publié lundi par la Basler Zeitung. Ce document confidentiel provenant des cuisines de Hirzel.Neef.Schmid dit à Alpiq comment influencer le monde politique et médiatique afin que le recours à l'Etat soit perçu comme la seule solution permettant à la société de sortir de son impasse financière.

Le risque était grand que la SSPA décide d'assouplir ses exigences afin d'éviter le départ des représentants de ces agences. C'est la raison pour laquelle elle a accepté de reporter la réforme du règlement et de la commission d'éthique d'une année. Cette décision a permis d'élire Hanspeter Thür à la présidence de la commission, en remplacement du Zougois Thomas Sägesser, devenu secrétaire général de Santésuisse, une fonction incompatible avec cette présidence.

Régime d'accréditation

Le prochain épisode se déroulera mercredi 16 mars au Conseil des Etats. Didier Berberat (PS/NE) demande par une initiative parlementaire que les lobbyistes soient mis au même régime que les journalistes pour accéder au Palais fédéral, celui de l'accréditation. Chacun de leurs mandats serait consigné dans un registre. Pour le Neuchâtelois, ce système serait plus performant que le régime en vigueur, qui permet aux parlementaires d'accorder aux représentants des groupes de pression un badge d'accès permanent ou quotidien.

«Nous sommes favorables à cette solution», indique Stefan Kilchemann. Il y voit un complément aux mesures d'autoréglementation de la SSPA, qui ne s'appliquent qu'à ses 230 membres. Or, de nombreux lobbyistes ne font pas partie de l'association. A l'image de Thomas Borer. L'ancien ambassadeur accède au Palais fédéral grâce à des badges journaliers. Mais il n'est pas obligé d'indiquer le nom de ses clients. Il rappelle que, aux Etats-Unis, un lobbyiste doit non seulement révéler ses mandats mais aussi les revenus approximatifs qu'il en retire. Il est favorable à l'initiative de Didier Berberat.

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