«C'est une confirmation du retour à l'esprit de Rambouillet.» Le choix d'Evian opéré voilà deux semaines par les services du président français, Jacques Chirac, pour la tenue du prochain sommet du G8 – les dirigeants des sept plus grandes puissances industrielles de la planète et celui de la Russie –, au début de juin 2003, s'inscrit dans la continuité de Kananaskis, petite station des Rocheuses canadiennes, protégée de tout sursaut contestataire. Selon l'Elysée, Evian est susceptible d'offrir la convivialité du premier sommet de Rambouillet en 1975. Pour certains observateurs cependant, cette décision procède plutôt du «syndrome de Doha», ville du Qatar dont la situation géopolitique avait permis de maintenir l'anti-mondialisme à distance.

Si l'Elysée a opté pour Evian, c'est aussi pour «limiter au maximum les contraintes logistiques». L'unité de lieux – salles de conférence, logements – semble avoir été déterminante. Le complexe du Royal Parc Hotel, qui s'étend sur 17 hectares, offre au total 153 chambres dont 32 suites. Sur les quelque 5000 personnes concernées par le sommet (environ 3000 journalistes ainsi que les aréopages des chefs d'Etat), seules 1700 pourront être hébergées dans le canton d'Evian. Les autres devront se rabattre sur Genève, Lausanne, Montreux ou encore Thonon.

Mais la facilité de barricader la ville haut-savoyarde de 7500 habitants aura sans doute été un argument tout aussi décisif. A l'instar de Kananaskis, seule une route permet d'accéder à Evian. La configuration de la station thermale ressemble aussi étrangement à Gênes, où s'est tenu le G8 en 2001: une barrière naturelle de montagnes dans son dos et un vaste plan d'eau – le Léman – devant.

Après les incidents de Gênes impliquant les anti-mondialistes et la police, causant la mort d'un manifestant, l'Etat français, en collaboration avec la Confédération et les cantons de Genève, Vaud et Valais va probablement mettre en place un dispositif imposant pour verrouiller les frontières et empêcher tout accès par le lac. Pour sa part, la Confédération qui a assuré le président français de son aide, recourra notamment au Service d'analyse et de prévention de l'Office fédéral de la police (OFP). Un service qui a déjà collaboré avec les autorités génoises et échangé des informations sur les mouvements anti-mondialistes potentiellement violents, relève Danièle Bersier, porte-parole de l'OFP.

La proximité de Genève – à moins de 50 kilomètres – n'est de toute évidence pas étrangère à ces probables mesures sécuritaires. La Cité de Calvin recense un nombre important de mouvements anti-mondialistes et se montre très réactive à ce type de rencontres internationales. Les récurrentes manifestations anti-OMC qui se déroulent à Genève sont là pour le rappeler.

Si la venue du G8 à Evian fait le bonheur de son maire Marc Francina, qui dit «ne craindre qu'une attaque aérienne», des voies s'élèvent à Genève, critiques: «Les manifestations anti-mondialistes seront probablement interdites sur le site d'Evian. Elles risquent de se concentrer sur Genève qui pourrait en faire les frais en cas de débordements.» La conseillère d'Etat Micheline Spoerri, en charge du Département de justice, police et sécurité, relativise le problème sécuritaire: «Il faudra faire preuve aussi bien de psychologie que de fermeté. Mais en aucun cas, il s'agira de faire une démonstration de force.»

Selon les services de l'Elysée, Cointrin devrait être l'aéroport officiel du G8. Pour les trois jours du sommet, Philippe Roy, porte-parole de l'aéroport évalue à plus de 100 les mouvements supplémentaires d'avions. «Cela va entraîner quelques turbulences, reconnaît-il. Nous aurons notamment des problèmes pour stationner les gros-porteurs.» Par ailleurs, un «ballet d'hélicoptères» va avoir lieu entre Genève et Evian pour les déplacements des huit chefs d'Etat qui seront en fait déjà ensemble le 31 mai à Saint-Pétersbourg lors des festivités du tricentenaire de la ville russe. Ils se rendront donc directement à Genève, puis à Evian pour entamer leur sommet.