« Bellegarde, ville frontalière, pourrait bien devenir un pôle économique attrayant aussi bien pour les entreprises suisses […] que pour les entreprises françaises appâtées par les débouchés genevois. Pour éviter la montée des prix qui est habituellement la rançon d’un tel développement, la municipalité bellegardienne développe des stratagèmes originaux. […]

A Bellegarde, on bénéficie encore d’un coût de la vie sensiblement inférieur à celui des agglomérations de la proche couronne genevoise. Il est fréquent d’observer, sur les produits de consommation les plus courants comme sur les loyers, des différences pouvant atteindre de 10% à 25% par rapport aux prix en vigueur dans le pays de Gex. Une situation qui commence à faire réfléchir certains: depuis quelque temps, on perçoit un mouvement de «retraite» de la part de Gessiens à la recherche de conditions de vie moins onéreuses.

Faut-il alors s’attendre à une flambée du prix du foncier […]? Marcel Berthet, [le maire de la ville], est catégorique: «Nous avons eu le temps de nous préparer; la municipalité est devenue le plus gros propriétaire foncier de Bellegarde, avec près de 220 hectares. Elle pourra donc combattre efficacement la spéculation.»

[…] Depuis vingt ans, la ville n’a pas manqué une occasion de racheter une friche industrielle ou un terrain. Un des exemples les plus significatifs est celui de la papeterie Darblay: cette ancienne usine a été acquise lorsqu’elle a fermé ses portes au début des années 1970 […] pour [être finalement rasée] et y concevoir […] 300 logements. Plusieurs grands groupes français sont prêts à y investir (GTM, Sogea, GFC-Bouygues) et des promoteurs suisses pointent leur nez… […]

Si Bellegarde joue les pôles d’attraction, cela n’est pas dû à sa seule position géographique. Les atouts ne manquent pas à la ville de la Valserine. Au premier chef, son dynamisme économique, fondé sur la multiplication des petites et moyennes entreprises, industrielles mais aussi de services, dont une bonne partie a profité des conditions avantageuses offertes par une municipalité très active dans le domaine économique. […] Bellegarde peut s’enorgueillir d’un des taux de chômage les plus faibles de France (5% contre 10% au niveau national). […]

Avec près de 500 travailleurs frontaliers pour une population de 13 000 habitants, Bellegarde reste très attachée à Genève […]. Plus que la route, c’est la voie ferrée qui constitue le principal vecteur des mouvements quotidiens de main-d’œuvre. Employé dans une grande banque genevoise, un frontalier explique: «Par le train, il ne faut pas plus d’une demi-heure pour nous rendre à Cornavin, hiver comme été, et nous ne connaissons pas de problèmes de parking. Nous accédons ainsi au centre de Genève avec plus de facilité que bon nombre de frontaliers haut-savoyards ou même gessiens». »