Si les dieux de l'Olympe se gavaient d'ambroisie, «neuf fois plus douce que le miel» et qui rendait «immortels ceux qui en goûtaient», aujourd'hui, la petite plante originaire du continent américain fait plutôt figure de fléau. L'Office fédéral de l'environnement, des forêts et du paysage (OFEFP) ainsi que plusieurs cantons tirent la sonnette d'alarme. Genève, Bâle et le Tessin sont particulièrement touchés par le phénomène. L'OFEFP insistait l'an dernier déjà sur «la nécessité d'agir d'urgence pour des espèces présentant un danger pour la santé, telles que l'ambrosia artemisiifolia».

Appel à la vigilance

Au Tessin, le Département de la santé et des affaires sociales a lancé vendredi un appel à la vigilance, et a invité les communes à collaborer afin de «ralentir sa fulgurante progression, estimée à une quarantaine de kilomètres par an». Le pharmacien cantonal, Ignazio Cassis, a précisé que «le pollen de l'ambroisie est extrêmement allergénique. Seules 5 à 10 graines de sa semence par mètre carré suffisent à provoquer des réactions violentes chez les sujets sensibles.» A titre de comparaison, les pollens de graminées plus répandues sous nos latitudes, qui sont à l'origine de ce que l'on appelle communément le «rhume des foins», doivent atteindre une concentration de 20 à 30 fois supérieure à celles des poussières d'ambroisie pour déclencher des crises d'allergie comme celles à mettre sur le compte de cette cousine du tournesol. «La pollinose est la maladie allergique la plus fréquente et les coûts sanitaires qu'elle provoque ont un impact économique et social important», rappelait encore le fonctionnaire.

A titre de comparaison, en Lombardie voisine, les autorités estiment que la dépense publique relative à l'allergologie de l'ambroisie dans le seul secteur territorial de Milan 1, atteint 1,5 million d'euros par année.

Intimidées par de tels chiffres, les autorités tessinoises ont déployé une palette de conseils, tel que celui de se munir de gants et d'arracher les pousses avant la floraison, en veillant à brûler les plants porteurs de semences.

Cette néophyte envahissante est arrivée en Europe au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. En application du plan Marshall, du fourrage avait été importé en Hongrie. Il contenait des semences d'ambrosia artemisiifolia. On la trouve en particulier sur les terrains vagues, les chantiers, le long des cours d'eau et des rails de chemin de fer. Mais elle se répand également dans les cultures de tournesols (elle fait partie de la même espèce), de maïs, de betterave et de soja.