Police

Le Tessin crée une brigade spécialisée dans la «baby criminalité»

La police cantonale disposera d’une task force pour faire face à l’augmentation des crimes concernant les mineurs, tant comme victimes que comme auteurs

Tout comme les victimes mineures, le nombre d’enfants ou d’adolescents à l’origine d’infractions pénales augmente au Tessin. Pour traiter avec des jeunes de moins de 14 ans victimes ou auteurs de crimes et des mineurs plus âgés qui ont commis des délits d’une «certaine gravité», une brigade spécialisée est en voie d’être créée au Tessin. Cette unité consacrée à ce qu’on appelle parfois familièrement la «baby criminalité» sera opérationnelle dès avril.

Selon les chiffres de l’Office fédéral de la statistique, les mineurs – des garçons à plus de 80% – représentaient 8600 (11%) des quelque 78 200 auteurs d’infractions pénales en 2017. Soit une augmentation de 8% par rapport à 2016. Leurs crimes? Vols, trafic de drogue, contraintes sexuelles, infractions routières… Quant aux délits liés à l’essor des téléphones intelligents, selon les policiers, ils «explosent».

Des agents spécialement formés

Responsable du projet et commissaire chargé de la section des délits contre l’intégrité corporelle de la police cantonale, Marco Mombelli explique que la nouvelle équipe sera constituée de cinq agents, pour le moment. L’intérêt d’une formation spécifique pour intervenir auprès des mineurs est de créer une culture professionnelle, explique-t-il. «Pour pouvoir interagir efficacement avec des adolescents en rupture avec l’autorité, il faut être bien préparé. Une intervention adéquate peut réduire les risques de récidive.»

Les agents tessinois ont reçu une formation touchant tant aux droits de l’enfant, à son développement psychologique («on ne parle pas au jeune de 11 ans comme à celui de 16») qu’à des questions pratiques (comment réagir aux provocations d’un ado, gérer sa famille, entrer en relation avec un groupe dans la rue). Des éducateurs sociaux ainsi que la responsable des services sociaux sont également intervenus et une formation continue est prévue en cours de route.

Pierre-Alain Dard, ancien chef de la brigade des mineurs de la police de Genève (de 2010 à 2018) et aujourd’hui consultant sur les thématiques de justice juvénile, participe également à la préparation de l’équipe tessinoise. Une formation spécialisée est une plus-value qualitative, estime-t-il. «Il est important que les policiers soient dans le même état d’esprit que la loi fédérale régissant le droit pénal des mineurs, entrée en vigueur en 2007, selon laquelle toute action doit être faite dans l’intérêt supérieur des jeunes.»

Une petite minorité «installée dans la délinquance»

Qui sont ces jeunes en conflit avec la loi? Il y a ceux qui ont un accident de parcours, qui font une bêtise, se font attraper, comprennent et rentrent dans le rang, indique-t-il. «Il y a les «délinquants passagers» que l’on rencontre quelques fois en six mois – ils traversent une période difficile, comme le divorce des parents, la perte d’un proche, etc. – et qu’on ne revoit plus. Enfin, il y a une petite minorité qui s’est installée dans la délinquance, multirécidiviste, et qui peine à en sortir, même adulte.»

Les agents doivent être prêts à discuter leurs pratiques, à se remettre en cause

Pierre-Alain Dard, ancien chef de la brigade des mineurs de la police de Genève

A Neuchâtel, l’Institut suisse de police propose une formation sur la prise en charge des mineurs. «Ce cours est accessible à tous mais, comme il n’est pas obligatoire, pas tous les policiers suisses qui traitent avec des mineurs l’ont suivi, malheureusement.» Cultiver les aptitudes pour interagir avec les jeunes est néanmoins un travail constant, souligne Pierre-Alain Dard. «Les agents doivent être prêts à discuter leurs pratiques, à se remettre en cause.»

Fribourg, canton pionnier

Plusieurs cantons, notamment Genève, Vaud et le Valais, ont mis en place une brigade des mineurs et misent sur la formation spécialisée. Celle de Fribourg, qui existe depuis 2005, a fait un pas en plus. Composée de neuf agents enquêteurs (sept hommes et deux femmes), elle compte également une cellule de trois personnes (deux hommes et une femme) chargées de la prévention, indique Martial Pugin, porte-parole de la police fribourgeoise.

Le canton est pionnier dans l’intégration de ces civils provenant de l’enseignement, qui se rendent dans les classes du primaire et du secondaire. «Les chargés de prévention, des pédagogues qui connaissent bien le réseau scolaire, les élèves et le milieu, sont mieux outillés pour faire passer efficacement les messages de prévention auprès des jeunes», relève Martial Pugin, ajoutant que, grâce à ces interventions, bien des situations problématiques ont pu être résolues, évitant ainsi l’ouverture de procédures pénales.

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