tir

Au Tessin, le débat sur les armes prend une tournure personnelle

Ce mercredi, le Conseil national aborde la loi sur les armes. Au Tessin, après qu’une tuerie a été évitée de justesse, la double casquette du secrétaire général des Institutions, également président de la Fédération sportive suisse de tir, suscite les critiques

Alors que le Conseil national traite ce mercredi de la loi fédérale, qu’il faut adapter aux exigences européennes, le sujet des armes à feu a plongé le Tessin dans les sueurs froides et un débat particulièrement vif. L’arrestation, le 10 mai dernier, d’un Tessinois de 19 ans, accusé d’avoir voulu commettre une tuerie à l’Ecole de commerce de Bellinzone, a été l’élément déclencheur. «Le Tessin est l’un des cantons les plus armés du pays, c’est très inquiétant», dénonce le député socialiste Carlo Lepori, qui a interpellé le Conseil d’Etat.

Le contrôle des achats d’armes à feu et de munitions suscite des questions. «Le registre cantonal des armes a-t-il été d’une quelconque utilité pour détecter la dangerosité de l’auteur de l’attentat évité qui avait chez lui tout un arsenal? demande l’élu, soutenu par son camp. Le Conseil d’Etat devrait au moins pouvoir garantir à la population que les individus qui achètent ou possèdent des dizaines d’armes à feu sont connus de la police.» L’existence et l’encadrement des centres de tir privés, «dont on ne sait rien», sont également mis en question par la gauche.

Swissshooting contre les directives européennes

Mais les interpellateurs trouvent aussi inopportun que Luca Filippini, le secrétaire général du Département des institutions, soit également président de la Fédération sportive suisse de tir. Cette association, appelée aussi Swissshooting, est fermement opposée aux directives européennes qui visent à resserrer la vis en matière d’armes à feu et que la Suisse pourrait appliquer d’ici à 2019. Elle a annoncé fin avril qu’elle envisageait de consacrer un demi-million de francs pour financer un référendum contre leur adoption.

Lire aussi: Les partisans des armes sur la défensive

«Comme représentant d’une institution étatique, Luca Filippini devrait plutôt avoir une position neutre», estime Carlo Lepori. Contacté par Le Temps, le chef du Département des institutions Norman Gobbi (Ligue des Tessinois) ne souhaite pas s’exprimer sur les deux casquettes de son haut fonctionnaire et l’éventuel conflit d’intérêts qui en découle avant que le Conseil d’Etat n’ait répondu à l’acte parlementaire.

Dans une interview publiée le 20 mai par le Mattino della Domenica, l’influent hebdomadaire de la Lega, Luca Filippini déplore que le cas isolé de l’attentat évité de Bellinzone soit exploité afin de dénigrer les associations et centres de tir. Le haut fonctionnaire se veut rassurant quant aux normes de sécurité dans les stands de tir. Il assure n’avoir jamais vu les portraits de Hitler et de Mussolini affichés dans certains établissements pour tireurs, dont la presse a fait état récemment. Dans les centres qu’il connaît, ce sont plutôt des trophées et des photos de compétitions de tir qui sont mis en valeur.

Des ados tireurs

Le propriétaire du centre de tir La Peschiera, que l’auteur de la tentative d’attentat de Bellinzone avait fréquenté au moins une fois pour tirer et acheter des munitions, juge les inquiétudes socialistes injustifiées. «Toutes les statistiques montrent que nous sommes l’un des pays avec le plus d’armes par tête, mais avec le moins de problèmes, assure Ferruccio Galfetti. La vision de la gauche est idéologique, elle n’a rien à voir avec la réalité.»

Critiqué pour accueillir des «baby tireurs», des mineurs, le propriétaire du stand se défend: «La plupart du temps, ce sont les parents qui nous amènent leurs jeunes pour un baptême de tir. Ils ont des armes à la maison, les enfants sont naturellement curieux et dans une perspective éducative, ils souhaitent leur faire expérimenter le tir.»

«Les risques que survienne un drame diminuent avec la connaissance et le respect de l’arme», ajoute Ferrucio Galfetti. Dès 13-14 ans, une arme à feu peut être mise entre les mains d’un adolescent, estime-t-il, même s’il observe que l’âge du premier contact est en baisse constante. «Avec toute la violence que l’on voit à la télévision et dans les jeux vidéo, c’est important que les jeunes sachent en quoi consistent réellement les armes.»


Une chronique de Marie-Hélène Miauton: Loi sur les armes et pensée magique

Publicité