Vingt et un chiens ont été retrouvés dans un appartement de Locarno la semaine dernière. Vraisemblablement importés illégalement d’Ukraine, ils vivaient dans des conditions hygiéniques déplorables. Selon les autorités, ils étaient probablement élevés pour être vendus durant les Fêtes. Cet épisode fait suite à la découverte, il y a quelques semaines, de 18 chiens vivant avec une famille dans des conditions épouvantables à Lugano.

Un peu plus tôt, un élevage non autorisé a été dénoncé dans le Mendrisiotto, dans le sud du canton. Là, 16 chiots et six adultes chihuahuas, bull terriers et dogues argentins ont été retrouvés. Dans un autre registre, les gardes-frontières tessinois ont arrêté cet été un résident de Bellinzone qui était en train d’importer illégalement, dans une camionnette, trois tortues géantes d’une espèce protégée. L’une d’entre elles était tellement mal en point qu’elle a dû être tuée à la clinique pour animaux exotiques de Zurich.

Elevage intensif

Les 21 chiens retrouvés à Locarno sont maintenant à la Société de protection des animaux de Bellinzone, mettant la structure à rude épreuve. «Nous sommes extra-pleins, nous devons créer de l’espace d’urgence, d’autant que, pendant les Fêtes, des chiens nous sont laissés en pension», explique son président, Emanuele Besomi, qui précise que la probabilité de vendre un animal à cette époque de l’année, de façon licite ou non, est plus élevée.

Or, le danger en achetant un animal dont on ne connaît pas la provenance, notamment via internet, est celui d’alimenter un trafic illégal, un «élevage Lager», affirme-t-il. «Ceux-ci se trouvent surtout en Europe de l’Est, où les chiens sont amenés à se reproduire très fréquemment. A 4 semaines, les chiots sont arrachés à leur mère pour être expédiés en Italie. Lorsqu’elle ne peut plus avoir de bébés, celle-ci est brutalement abattue.»

Risques de maladies

Cinquante-soixante chiots sont entassés dans une fourgonnette et près de la moitié meurent pendant le voyage, poursuit-il, ajoutant qu’ils sont achetés 50 euros en Europe de l’Est pour être revendus 800 en Italie. Il y a aussi le risque de maladies, comme la rage, mortelle pour l’humain, encore présente dans plusieurs pays de l’Est européen, fait valoir Emanuele Besomi. «Sans compter les parasites et autres pathologies, comme la gale, transmissibles aux animaux et aux humains.»

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En outre, certaines bêtes peuvent être dangereuses. «Par exemple, un chien qui grandit sauvagement a peur des humains, et dans une famille il peut représenter une bombe à retardement.» Les reptiles font également l’objet de commerce illicite, relève-t-il. «Les gens ne savent pas comment s’en occuper et lorsqu’ils sont malades, soigner ces bêtes exotiques coûte cher. Quand ce n’est plus la mode, ils s’en débarrassent.»

De nombreux animaux saisis chaque année

Porte-parole de l’Administration fédérale des douanes (AFD), Donatella Del Vecchio confirme que chaque année les autorités douanières saisissent, outre les traditionnels chiens et chats, diverses espèces de lézards, serpents, araignées et perroquets, incluant des espèces protégées, introduites clandestinement en Suisse. «Ces animaux proviennent du monde entier, tandis que les chiens viennent surtout d’Europe de l’Est», indique-t-elle.

L’AFD estime qu’environ la moitié des chiens achetés dans le pays viennent de l’étranger, sans toutefois pouvoir déterminer quelle proportion est importée illégalement. «Certains animaux arrivent en bon état, mais plusieurs ne survivent pas au transport illégal», relève Donatella Del Vecchio, précisant qu’il existe aussi bien des cas de contrebande individuelle, répondant à des besoins privés, que de contrebande organisée.

Eviter les fraudes

L’Office fédéral de la sécurité alimentaire et des affaires vétérinaires, en collaboration avec la Protection suisse des animaux, mène une campagne d’information sur les risques liés à l’achat de chiens via internet et depuis l’étranger, offrant des conseils et invitant les citoyens à adopter un comportement responsable.

On peut identifier un éleveur sur le Net, signale Emanuele Besomi, mais on doit ensuite aller contrôler sur place. «Les commerçants douteux vous donnent rendez-vous dans une aire de stationnement de l’autre côté de la frontière. Il faut aussi se méfier de ceux qui offrent plusieurs races. Les éleveurs sérieux en possèdent une ou deux.» En Suisse, il existe plusieurs organisations fiables, souligne-t-il, et de nombreux animaux cherchent un nouveau foyer.