Enseignement

Au Tessin, le dialecte revient à la mode

La commune de Lugano va introduire dans ses écoles des cours facultatifs de dialecte, lequel, après une période de déclin, connaît une certaine popularité.

Nicholas Marioli, conseiller communal léguiste de Lugano, est non seulement satisfait, mais surpris. Sa motion pour introduire des cours de dialecte facultatifs dans les écoles de la ville a été soutenue par 51 élus, contre 4 oppositions seulement. «Dans un contexte de globalisation et de forte migration, le dialecte est fortement menacé, explique le motionnaire de la Lega. Il s’agit d’une façon de se reconnecter avec nos racines et notre identité.»

L’exécutif municipal doit maintenant rencontrer les assemblées de parents des 26 écoles primaires communales pour mettre en œuvre cette décision. Nicholas Marioli a suggéré que les enseignants soient bénévoles: «Des auteurs de poèmes, chansons ou pièces de théâtre en dialecte pourraient par exemple prendre part au projet.»

Ce comptable de 23 ans, qui admet penser et s’exprimer en dialecte «90% du temps», précise qu’il est lui-même à disposition pour transmettre le dialecte aux enfants de la région. Il espère que d’autres communes suivront l’exemple de Lugano. Les cours de dialett représenteront un excellent instrument d’intégration pour les migrants, estime-t-il encore.

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Pertinent?

Linguiste à l’Observatoire linguistique de la Suisse italienne (OLSI), Matteo Casoni accueille plutôt favorablement l’introduction des nouveaux cours facultatifs à Lugano. «C’est intéressant s’il s’agit d’un cours sur la culture dialectale, mais je ne suis pas sûr qu’un cours de langue rencontrerait un grand succès, vu l’ampleur de l’offre d’activités, tant sportives qu’artistiques. En outre, certains parents peuvent douter de la pertinence pour leur enfant de disposer de compétences en dialecte.»

Lugano, plus urbaine et multiculturelle, a toujours été la commune où le dialecte est le moins utilisé. Selon le dernier recensement, 23% des personnes de 15 ans et plus déclarent le parler, alors que la moyenne tessinoise s’élève à 31%. Cette proportion, en diminution, s’élevait encore à 36,7% en 2000. «On parle moins le dialecte, mais son déclin graduel s’est ralenti et on constate même un certain regain de popularité, notamment chez les jeunes», note Matteo Casoni.

Sur les réseaux sociaux

Le dialecte a perdu du terrain à partir des années 1960-70, lorsque les parents ont cessé de le transmettre à leurs enfants, au profit de l’italien, jugé plus prestigieux et plus utile sur le marché du travail. Le linguiste note qu’il a meilleure presse aujourd’hui. Sur les réseaux sociaux, les jeunes le mélangent avec l’italien, l’utilisant dans un mode ludique. On le voit aussi apparaître dans la publicité et sur des sites d’entreprises.

Giovanna Ceccarelli, du Centre de dialectologie et d’ethnographie de la Suisse italienne, fait valoir que les enfants du primaire sont déjà très sollicités sur le front des langues. «De surcroît, plusieurs ont déjà de la difficulté avec l’italien, surtout à Lugano où il arrive qu’on ne compte que trois Tessinois dans une classe de 20 élèves.» Elle privilégierait plutôt des cours sur les traditions et les coutumes, intégrant des devinettes et des chansons, les confrontant aussi avec d’autres cultures.

La famille, cadre privilégié

Le canal privilégié pour la transmission du dialecte est la famille (et le service militaire pour les hommes), indique-t-elle. Les couples étant toujours plus mixtes, l’italien est désormais nettement favorisé. Mais la «diabolisation» du dialecte d’il y a quelques décennies n’est définitivement plus à l’ordre du jour: «Peut-être est-ce le retour du pendule. Les Suisses italiens ont une nouvelle sensibilité à son égard, on en reconnaît désormais la profondeur et la richesse.»

La présence du dialecte dans les arts au Tessin en témoigne. «Ce n’est certes pas comme à la fin du XVIIIe siècle, mais il y a énormément de compagnies théâtrales qui se produisent en dialecte, presque chaque district tessinois en compte une.» Plusieurs groupes de jeunes musiciens composent en dialecte. La RSI propose le dimanche une émission où le dialecte est enseigné, où les auditeurs sont portés dans les vallées et villages de la Suisse italienne à la découverte des diverses variantes de dialectes locaux.

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