Tourisme

Le Tessin entend profiter des JO de Milan

Au sud des Alpes, les secteurs du tourisme et de la construction tenteront de tirer parti des Jeux olympiques d’hiver de 2026, mais sans trop d’illusions

Les Jeux olympiques d’hiver de 2026 à Milan et Cortina d’Ampezzo représentent une «opportunité unique pour le Tessin, notamment en ce qui concerne l’infrastructure». C’est ce qu’a déclaré le ministre italien de l’Intérieur, Matteo Salvini, à TeleTicino, au lendemain de l’annonce de l’attribution de l’événement sportif, qui devrait générer quelque 2,3 milliards d’euros, selon une étude de l’Université Sapienza de Rome.

Lire aussi: Milan et Cortina pour incarner la «nouvelle norme»

Qu’en pense-t-on au Tessin? Le conseiller d’Etat Christian Vitta, chef du Département de l’économie et des finances, commence par nuancer, rappelant qu’une grande partie de la manifestation se déroulera entre la Lombardie, la Vénétie et le Trentin-Haut-Adige, parfois à des distances de 500 kilomètres. De ce fait, les effets pour le canton risquent d’être plutôt réduits.

Collaborations éventuelles en termes d’infrastructures

«En ce qui concerne les activités proches de Milan, l’ensemble du secteur touristique tessinois devra examiner les marges potentielles afin d’établir des synergies pouvant engendrer des retombées économiques sur notre territoire», poursuit l’élu. Aucune réflexion concrète n’a encore été menée sur le sujet. «Mais dans l’éventualité où il s’agirait d’établir des collaborations avec la péninsule, le Tessin devra être prêt à mettre à disposition ses services et ses infrastructures, hôtelières et sportives.»

Le conseiller d’Etat cite un rapport de l’Observatoire du tourisme de l’Université de la Suisse italienne (USI), selon lequel l’Expo de Milan, en 2015, n’avait pas eu les effets escomptés sur le tourisme. Probablement en partie à cause de la forte appréciation du franc. «Bien que ce ne soit pas le même type d’événement, et malgré un public différent, nous devons être prudents et ne pas avoir trop d’attentes», conclut Christian Vitta.

Douze sites différents

Vice-directeur chez Ticino Turismo, Kaspar Weber partage cet avis, soulignant que ces Jeux ne durent que deux semaines et que leur déroulement sur douze sites différents ne favorisera pas forcément le Tessin. «Le grand nombre de visiteurs sera réparti sur tout le nord de l’Italie.» Cet expert estime néanmoins qu’il pourrait y avoir des répercussions positives pour le canton. «Nous sommes vraiment très proches de Milan, où se dérouleront plusieurs événements, observe-t-il. Le Tessin détient certainement un potentiel.»

Lire également: Impôt des frontaliers: le Tessin évite la crise avec l’Italie

Les initiatives privées seront importantes, à commencer par les offres spéciales des hôteliers et les idées originales de qualité, soutient Kaspar Weber. Elles seront d’autant plus pertinentes que les Jeux auront lieu en février, une période de basse saison au Tessin. «En ce qui nous concerne, ajoute le vice-directeur, nous allons certainement essayer d’exploiter l’événement, notamment en termes de communication. Mais il est trop tôt pour dire ce que nous allons faire. Il reste encore plus de six ans.»

Potentiel à jauger

La Chambre tessinoise du commerce et de l’industrie ne prévoit pas de jouer un rôle actif. Ce sont les associations professionnelles qui se déplaceront dans un premier temps pour jauger le potentiel d’opportunités, signale son directeur, Luca Albertoni, qui considère que les entreprises de la construction et de l’artisanat pourraient participer à certains appels d’offres dans la construction ou l’adaptation de structures. «Eventuellement, selon le contexte, notre chambre pourrait évaluer s’il y a un espace pour promouvoir la place d’affaires tessinoises et suisses.»

Lire aussi: La Lombardie veut freiner l’exode de ses travailleurs frontaliers

Président de l’Association de l’industrie tessinoise (AITI) et conseiller national (PDC), Fabio Regazzi fait valoir que la Lombardie est une petite puissance industrielle et économique. «En tant que telle, elle possède les ressources pour répondre aux besoins des JO. La Suisse est certes compétitive au niveau de la qualité mais, dans beaucoup de cas, pas économiquement.» En revanche, il est convaincu que les entreprises du canton pourront se profiler dans certains secteurs de niche, très spécialisés.

Liaisons à améliorer

Fabio Regazzi relève par ailleurs que les infrastructures de transport, notamment la ligne ferroviaire desservant le sud du canton jusqu’à Varèse, a encore un niveau insuffisant, même si de grands progrès y ont été apportés récemment. «Entre Lugano et Milan, nous en sommes encore au stade d’il y a 30 ou 40 ans. Les JO accéléreront peut-être les prises de décision et les investissements pour bonifier cette liaison, favorisant le transit du tourisme.»

Publicité