Les conditions de détention des femmes pourraient enfin être revues au Tessin. Critiquées depuis de nombreuses années, elles font actuellement l’objet d’une étude, dont les résultats sont attendus dans les semaines à venir. Cela pourrait déboucher sur la concrétisation d’un projet, dès l’horizon 2023.

Directrice de la division de la justice, Frida Andreotti indique que le Département des institutions propose de dédier neuf cellules de la prison La Stampa aux femmes, dont une pour mère et enfant (le Code pénal prévoit que la mère puisse vivre avec son enfant jusqu’à ce qu’il atteigne l’âge de 3 ans). «Nous voulons améliorer les conditions des détenues et nous y parviendrons avec cette solution», affirme-t-elle.

Critiques de longue date

Il faut dire que cette problématique n’est pas nouvelle au Tessin. La commission du parlement cantonal chargée de cette thématique sonne l’alarme depuis des années. Elle estime qu’il est grand temps d’avoir une prison pour femmes dans le canton. «Dans notre dernier rapport, nous avons répété que les conditions carcérales des femmes au Tessin ne sont pas adaptées à notre époque», indique Giorgio Galusero (PLR), membre de la commission. Il rappelle qu’en raison d’un nombre insuffisant de détenues, la section féminine du pénitencier La Stampa a été fermée en 2006. Or, la situation a radicalement changé depuis.

Aujourd’hui, le canton compte en moyenne une quinzaine de détenues, signale l’élu PLR. Il précise qu’actuellement, elles sont incarcérées à La Farera, la prison préventive pour hommes. «Elles y subissent un régime plus restrictif que celui auquel elles ont droit. Elles ne peuvent pas travailler et passent une seule heure par jour à l’extérieur. Des questions comme la prise en charge médicale, des fouilles adaptées ou la maternité doivent aussi être prises en compte», appuie-t-il.

Quant aux femmes condamnées à une peine de longue durée, elles sont transférées dans la prison pour femmes de La Tuilière dans le canton de Vaud ou à Hindelbank, près de Berne. Avec la récente proposition du Département des institutions, cette situation perdurerait et le problème de la langue continuerait à se poser. Mais pas seulement. «Le coût et la longueur du trajet peuvent également décourager les visiteurs», fait valoir Giorgio Galusero.

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Une problématique à l’échelle nationale

Cette réalité n’est pas spécifique au Tessin. En raison du manque de place, des détenues de Suisse romande sont également dirigées vers Hindelbank, car la surpopulation carcérale est problématique sur l’ensemble du territoire helvétique. Et elle porte préjudice aux femmes en particulier, soutient Anne-Catherine Menétrey-Savary, membre fondatrice de la plateforme Infoprisons. «En Romandie, La Tuilière est réservée aux femmes, mais vu le grand nombre de détenus, elle accueille aussi des hommes. De sorte que les cellules sont surchargées, comptant parfois trois, voire cinq détenues.»

A Genève, le quartier féminin de Champ-Dollon connaît le même sort. L’espace de vie est limité. «Or, ce n’est pas considéré comme un problème important par les autorités politiques. Elles font peu d’efforts pour améliorer la situation, même si en 2017 et 2019, des interventions aux parlements genevois et vaudois ont été déposées pour attirer l’attention sur la situation», observe l’ancienne conseillère nationale. Pour elle, la raison est simple et réside dans la faible proportion de détenues par rapport au nombre d’hommes derrière les barreaux.

Moins de 6% de la population carcérale

Les femmes représentent en effet moins de 6% de la population carcérale en Suisse, souligne Anne-Catherine Menétrey-Savary. «Certaines d’entre elles étaient des mules, transportant de la drogue. Plusieurs ont réagi à des sévices subis en commettant des actes violents, pouvant aller jusqu’au meurtre de leur compagnon. Ces femmes sont souvent extrêmement fragiles. On ne tient pas suffisamment compte de ces aspects dans les soins médicaux et psychiatriques qu’on leur apporte.»

L’ancienne élue pointe également du doigt les formations typiquement féminines que l’on propose aux détenues, à l’image de celle d’intendante de maison, ou les possibilités de faire du sport, inférieures à celles des hommes. Elle estime par ailleurs que l’encadrement des détenues devrait être féminisé, citant le cas du cuisinier de La Tuillière, accusé d’abus sexuels envers des détenues et acquitté. «Cette affaire est révélatrice de l’emprise que des agents de détention peuvent exercer sur les détenues et de la vulnérabilité de ces dernières.»

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