L'affaire Cuomo ne cesse de rebondir au Tessin. Quatre jours après l'arrestation du juge tessinois Franco Verda, président du Tribunal pénal cantonal, accusé de corruption passive et d'entrave à l'action pénale, c'est au tour de son épouse, l'avocate luganaise Désirée Rinaldi, d'être placée en détention préventive. Même si, à l'heure actuelle, aucune information précise sur le motif de son arrestation n'a filtré, l'incarcération de l'ex-avocate de Gerardo Cuomo, contrebandier mafieux, serait liée, comme le rapporte le Corriere del Ticino, au prêt de 350 000 francs que lui a accordé le trafiquant napolitain pour assainir la société Acqua minerale San Bernardino SA dont elle est l'administratrice. A cet égard, le quotidien tessinois fait état des révélations qu'aurait faites le juge Verda au procureur extraordinaire Luciano Giudici. Le juge aurait notamment avoué avoir en effet reçu de Cuomo cette somme de 350 000 francs à l'intention de sa femme. Le directeur de la société d'eaux minérales, l'avocat Marcello Quadri, soupçonné de corruption, a quant à lui été relâché lundi soir après deux semaines de détention préventive.

Agée de 38 ans, Désirée Rinaldi a été emmenée lundi soir au pénitencier cantonal de la Stampa, près de Lugano. Il est vrai que son nom est apparu à maintes reprises dans le cadre de l'enquête sur le juge Verda et sur les relations de celui-ci avec Gerardo Cuomo. Compagne du président du tribunal depuis des années, elle l'a épousé à la mi-juillet. Le couple a d'ailleurs été aperçu sur le luxueux yacht de Gerardo Cuomo.

De son côté, le procureur extraordinaire aurait continué, lundi, à interroger Gerardo Cuomo, transféré au Tessin, ainsi que son fils Marco. Ce dernier a été relaxé mardi à midi, mais son avocat souligne qu'il n'a rien à voir avec l'affaire qui touche son père et le juge Verda. Dans ce contexte, l'unité de lutte contre la mafia de Bari, dans les Pouilles, est sur le point de boucler les enquêtes qu'elle mène sur 87 personnes impliquées de près ou de loin dans la contrebande de cigarettes. Parmi elles, six Suisses domiciliés au Tessin font l'objet d'une instruction. Comme le précise le Corriere del Ticino, le nom de Hans Kupfer, directeur de l'UBS apparaît à plusieurs reprises dans les dossiers des magistrats suisses et italiens.

Face à ces affaires, le député de Fédéralisme et Liberté Stefano Malpangotti a demandé au Conseil d'Etat la constitution d'une enquête parlementaire. Il affirme, dans le journal tessinois La Regione, «qu'à ce point, les faits parlent d'eux-mêmes et que l'ouverture d'une enquête administrative s'impose, notamment pour vérifier les circonstances de l'octroi de permis à Gerardo Cuomo».