Votation

Au Tessin, l’instruction civique se jouera dans les urnes

Une initiative réclame l’introduction du civisme à l’école secondaire comme branche à part entière. Les citoyens tessinois voteront sur cette proposition controversée

Lancée en 2013 par l’industriel Alberto Siccardi, président d’une firme pharmaceutique, et par un groupe proche des partis de droite, l’initiative «Educhiamo i giovani alla cittadinanza» («Préparons les jeunes à être citoyens») sera soumise aux citoyens tessinois le 24 septembre. Le vote mettra un terme à une discussion entamée il y a près de 20 ans.

10 000 signatures recueillies en 10 jours

Cette initiative a recueilli plus de 10 000 signatures en huit jours seulement. Elle reprend une première démarche, lancée en 2000 par les Jeunes libéraux-radicaux pour renforcer l’enseignement de l’instruction civique à l’école, avant d’être retirée au vu des engagements pris par les autorités cantonales de donner satisfaction à cette revendication.

Mais la concrétisation de ces intentions s’est fait attendre, et d’autres initiants sont revenus à la charge. «Il y a deux ans, nous avons chargé l’Institut pour le fédéralisme de l’Université de Fribourg de conduire une enquête sur ce thème, explique Alberto Siccardi. L’étude a démontré que l’instruction civique n’était plus suffisamment enseignée dans nos écoles, pas seulement au Tessin mais dans toute la Suisse. Le problème se pose donc au niveau national.»

Concrètement, la loi soumise en votation le 24 septembre prévoit l’introduction de deux heures mensuelles d’instruction civique à l’école secondaire, comme une matière à part entière et non plus incluse dans l’enseignement de l’histoire. Cette nouvelle branche sera notée à part. Au niveau de l’enseignement supérieur et professionnel, en revanche, pour ne pas violer les dispositions fédérales en la matière, les deux heures mensuelles prévues seront incorporées à l’enseignement de l’histoire ou des sciences humaines.

A contre-courant?

Les auteurs de l’initiative estiment que l’instruction civique comme nouvelle matière pourra être dispensée par les professeurs d’histoire sans surcharge d’heures ni besoin de qualification supplémentaire. Les adversaires, parmi lesquels l’Etat et le corps enseignant, avancent qu’il est inutile de rendre cette discipline autonome. «Sur le plan suisse, on vise plutôt à unifier les matières, souligne le socialiste Manuele Bertoli, chef du Département cantonal de l’instruction publique et de la culture. Si le Tessin accepte cette initiative, il ira à contre-courant.» Ce que conteste Alberto Siccardi, qui relève qu’en juin dernier, à Bâle-Ville, les Jeunes libéraux-radicaux ont déposé une initiative de la même teneur.

Soutenue par la droite (UDC, Lega), l’initiative est combattue par le PS et par le PDC, qui a créé la surprise en donnant son mot d’ordre mercredi soir. Le PLR a tranché pour la liberté de vote. Les associations d’étudiants et de parents d’élèves y sont également opposées.

Les élèves risqueraient d’être surchargés par une branche supplémentaire

Selon Maurizio Binaghi, président de l’Association des professeurs d’histoire du canton du Tessin et lui-même enseignant au Lycée cantonal de Lugano, l’initiative serait en cas de succès très difficile à mettre en œuvre: «On ne peut pas faire des réformes sans chambouler le système. D’une part, il faudrait enlever des heures à l’enseignement de l’histoire – matière de baccalauréat – pour les consacrer à l’enseignement séparé de l’instruction civique. D’autre part, les élèves risqueraient d’être surchargés par une branche supplémentaire. En tant que professeur d’histoire, j’estime que l’instruction civique doit être dispensée dans un contexte global lié à l’histoire ou aux sciences humaines.»

«Les enseignants n’ont pas fait leur travail»

Pour l’écrivain et poète Gabriele Quadri, ancien professeur d’italien et de français, «les enseignants, et pas seulement ceux d’histoire, ne se sont pas suffisamment efforcés d’enseigner l’instruction civique à leurs élèves. Personnellement je ne suis pas favorable à l’initiative, mais j’espère que la votation du 24 septembre secouera toute l’institution qu’est l’école tessinoise!»

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