Tourisme

Au Tessin, la loi «anti-burqa» entrera en vigueur comme prévu

Le premier juillet, le Tessin deviendra le premier canton à bannir le port du voile intégral. Les milieux touristiques et commerçants oscillent entre inquiétude et optimisme

Rien n’empêche plus le Tessin de devenir le premier canton à bannir le port du voile intégral. Le Tribunal fédéral vient de rejeter l’effet suspensif demandé dans deux recours. La nouvelle loi anti-burqa sera appliquée dès le 1er juillet, mais elle est cependant loin de faire l’unanimité.

Massimo Suter, président de Gastroticino et membre de Gastrosuisse, deux associations de restaurateurs et hôteliers, ne cache pas son scepticisme: «L’application de la loi qui interdit de se dissimuler le visage risque d’avoir des retombées négatives pour le tourisme au Tessin. Depuis quelques années, les touristes arabes sont toujours plus nombreux, à Lugano notamment. Certains d’entre eux pourraient ressentir cette interdiction comme un geste d’hostilité et renoncer à venir. Nous risquons de passer pour inhospitaliers et d’être montrés du doigt par le reste de la Suisse!» Massimo Suter précise aussi que «le message politique ne lui plaît pas», surtout «qu’on voit très peu de femmes entièrement voilées au Tessin.»

Acceptée en votation le 22 septembre 2013, l’initiative populaire lancée par le politicien locarnais Giorgio Ghiringhelli demandait d’inscrire dans la Constitution cantonale une loi interdisant la dissimulation du visage dans les lieux publics. Acceptée par le parlement en novembre dernier, la loi ne cite jamais expressément la burqa ou le niqab.

Le montant des amendes oscillera entre 100 et 10 000 francs selon la gravité de la violation. Il était prévu au départ que la loi soit appliquée de la même façon aux musulmanes ou à quiconque dissimule son visage sous une cagoule, un foulard ou un casque. Le parlement a préféré des articles distincts pour réglementer le port du voile et du masque par des hooligans ou d’autres manifestants. La loi ne prévoit aucune exception pour les touristes.

Approche psychologique

Pour préparer l’entrée en vigueur de la loi, le département cantonal des institutions a tenu une séance d’information à l’intention des communes et des corps de police, mercredi à Bellinzone. Les agents ont été formés ces derniers mois; hier, le département leur a rappelé que l’approche psychologique doit être différente s’il s’agit de demander à une femme arabe d’ôter son voile intégral – il s’agit de faire preuve d’un tact particulier – ou s’il faut exiger d’agitateurs et de hooligans masqués de se découvrir.

Les touristes bouderont-ils réellement le Tessin? Mario Tamborini, président de l’Association des commerçants de la Via Nassa, la rue chic de Lugano, se veut optimiste: «Je ne crois pas que la loi aura des retombées négatives sur le volume d’affaires des magasins. Il y a deux semaines, Lugano a vécu un événement organisé par les Emirats arabes, le championnat mondial des motos nautiques: de nombreux Arabes nous ont dit que cette interdiction ne leur posera aucun problème et qu’ils continueront à faire leur shopping comme par le passé.» Selon Mario Tamborini, les touristes des pays du Golfe doivent être informés dans les hôtels, les aéroports et les agences de voyages.

Elia Frapolli, directeur de l’Office tessinois du tourisme, minimise également le risque de retombées négatives: «Les touristes arabes sont de plus en plus nombreux à visiter le Tessin et la plupart d’entre eux sont informés sur l’interdiction de porter le voile intégral. Il faut aussi préciser que très peu de touristes musulmanes sont entièrement voilées. Ce qui nous importe, c’est que la loi soit appliquée correctement et qu’elle ne soit pas perçue comme discriminatoire.»

Appel de l’Arabie Saoudite

De son côté, l’ambassade d’Arabie Saoudite à Berne a lancé mardi un appel à ses concitoyens, pour leur demander de respecter la loi tessinoise en vigueur afin d’éviter «amendes et désagréments.»

Peu de temps après l’approbation de la loi, l’homme d’affaires franco-algérien Rachid Nekkaz avait annoncé publiquement qu’il était disposé à s’acquitter de toutes les amendes qui seraient infligées aux femmes voilées au Tessin. Il l’a déjà fait en France où, jusqu’en octobre dernier, il a payé près de 1000 contraventions. Le Temps n’est pas parvenu à le joindre pour savoir s’il tiendrait sa promesse.

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