Sécheresse 

Le Tessin, maître dompteur du feu

Pionnier dans la gestion des incendies de forêt, le canton italophone partage son savoir-faire au nord des Alpes. Explications au moment où les cantons multiplient les messages de prudence face à la sécheresse

Alors que les cantons commencent à émettre des messages de prudence relatifs aux feux de forêt, l’attention se tourne vers le Tessin. Ces derniers vingt ans, 80% de la superficie des forêts suisses détruites par les incendies l’ont été au sud des Alpes. Les longues périodes de sécheresse y sont plus fréquentes qu’ailleurs. Mais le Tessin a su dompter les flammes. Avec les changements climatiques qui exportent le problème au nord des Alpes, on s’inspire de ses méthodes.

Mesures radicales

Chef de la section forestière du Tessin, Roland David explique que des mesures radicales ont été prises. Dans les années 90, un décret a interdit les feux à ciel ouvert au-dessous de 600 m d’altitude. Au-dessus de cette limite, ils sont possibles dans certaines zones, à condition d’obtenir l’autorisation de la commune. «Depuis, le nombre de feux de forêt est passé de 120 en 1990, à moins de 30 annuellement ces derniers vingt ans. Mais surtout, la superficie brûlée s’est réduite de façon notoire», se félicite Roland David.

Au Tessin, c’est lui-même, de par sa fonction de chef de la section forestière, qui décide quand interdire les feux à ciel ouvert partout, comme il l’a fait au début de cette semaine. «Nous jouissons d’une grande autonomie. Cette délégation de compétences permet une intervention efficace. Dans d’autres cantons, la décision revient au Conseil d’Etat, rendant le processus plus complexe, plus lent.» Si cette mesure faisait discuter lorsqu’elle a été adoptée il y a vingt-cinq ans, aujourd’hui personne ne la remettrait en cause, assure-t-il.

Chaque canton possède une réalité et un régime de feu particuliers, qui doit répondre à ses exigences territoriales.

Roland David, chef de la section forestière du Tessin

Par ailleurs, dès les années 70, le canton a intensifié les liens entre corps de pompiers urbain et de montagne, et gardes forestiers. Le canton italophone possède aussi un mécanisme de piquet de pompiers et d’hélicoptères performant. Enfin, la collaboration avec MétéoSuisse et la Radiotélévision suisse italienne pour informer la population est très efficace.

Récemment, Roland David était appelé à Berne pour présenter la stratégie tessinoise en matière de prévention des feux de forêt. «La Confédération et les cantons s’intéressent à notre savoir-faire. Ceci dit, chaque canton possède une réalité et un régime de feu particuliers, qui doit répondre à ses exigences territoriales.»

Périodes dangereuses plus longues

Chef de la section protection et santé des forêts à l’Office fédéral de l’environnement (OFEV), Michael Reinhard fait valoir que dans nos esprits, les feux de forêt sont le propre du Tessin, mais en réalité il y en a toujours eu un peu partout dans le pays. «Vu sa situation bio-géographique particulière, le Tessin a pris des mesures tôt pour combattre les feux de forêt, avec succès. Celles-ci peuvent inspirer d’autres cantons», reconnaît-il.

Car, avec le réchauffement climatique, les périodes potentiellement dangereuses pour les incendies vont devenir plus nombreuses à l’échelle du pays, indique Michael Reinhard. «Dans l’année, la répartition des précipitations a changé. Les étés connaissent des périodes caniculaires, engendrant une plus grande évaporation. Les périodes sèches, voire arides sont plus longues.» Et même s’il ne fait pas très chaud, s’il y a beaucoup de vent les risques augmentent.

Le pied du Jura devient zone à risque

Nous savons où seront les grands problèmes à l’avenir, affirme l’expert. «Notamment dans les vallées où le foehn est important, comme l’Oberland bernois, Uri ou Saint-Gall. Le pied sud du Jura en général, soit grosso modo l’arc Genève-Schaffhouse, exposé au soleil et à la bise, et les deux Bâle deviennent également à risque», relève-t-il.

Il est important pour l’OFEV de soutenir les cantons afin de faire une prévention optimale, notamment en sensibilisant et en informant la population via le site www.danger-incendie-foret.ch. «Nous cherchons aussi à adapter nos systèmes forestiers. Par exemple, à travers la sylviculture, en intégrant des espèces d’arbres moins sensibles au feu dans les zones à risques, spécialement près des centres urbains. Comme le chêne, dont l’écorce est plus épaisse, le rendant moins vulnérable aux flammes que d’autres essences.»

Michael Reinhard souligne encore qu’entre 5 et 10% des feux sont causés par la foudre. On estime qu’environ neuf cas sur dix ont une origine humaine. La négligence, des accidents, mais aussi une décharge électrique lorsqu’il y a beaucoup de vent ou, encore, des étincelles lorsqu’un train freine (désormais plus rares grâce aux progrès technologiques) peuvent générer une première flamme.

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