Le suspense a pris fin peu avant 20 heures. Marina Masoni fait alors son entrée dans le studio électoral de la télévision suisse italienne et va s'asseoir au deuxième rang, derrière les cinq chaises réservées pour les membres élus du gouvernement. Les traits tirés, mais toujours impeccablement maquillée, la conseillère d'Etat a reconnu avec dignité sa défaite.

Dirigeant depuis douze ans le Département de l'économie et des finances, la vedette du Parti radical a raté sa réélection. Après une lutte au coude à coude, elle a dû s'incliner devant sa collègue de parti, la conseillère nationale Laura Sadis, qui la devance de près de 10000 voix. Au Tessin comme à Lucerne (voir ci-dessous), les électeurs ont sanctionné clairement deux conseillers d'Etat sortants empêtrés dans des affaires.

Marina Masoni paie pour l'accumulation de diverses irrégularités dans sa gestion du département. Elle avait été notamment été dessaisie de l'administration des impôts suite à divers passe-droits.

Le Parti radical reste certes le premier parti du canton, et maintient, avec Gabriele Gendotti, ses deux sièges. Mais des partis gouvernementaux, il est celui qui a enregistré le plus fort recul. Avec 27,1 % des voix pour l'exécutif selon les dernières ptrojections de la TSI, il perd 5% par rapport à 2003. Sentant tourner le vent, le président des radicaux avait lancé en automne dernier la candidature de Laura Sadis dans les jambes de Marina Masoni déjà affaiblie.

Laura Sadis, dont le père, Ugo, avait aussi siégé au gouvernement, vient comme les Masoni d'une grande famille radicale de Lugano. Mais elle n'a pas épousé les positions ultra-libérales proches des milieux économiques de ce courant du Parti radical. Dimanche soir sur le plateau de la télévision tessinoise, elle a déclaré: «Je suis une centriste parfaite», et annoncé, la mine sévère, son intention de resserrer les rangs du parti.

Economiste, Laura Sadis, 46 ans, a fait une carrière politique fulgurante. Entrée en 1995 au Grand conseil tessinois, elle présidait quatre ans plus tard le groupe radical, avant d'être élue en 2003 au Conseil national. Cette économiste, travaille à temps partiel dans une fiduciaire à Lugano.

La Lega fête sa victoire au fusil d'assaut

La deuxième sensation de ce dimanche de votation au Tessin est venue de la Lega. Le parti, que l'on disait en perte de vitesse, a fait un bond en avant de près de 8,6% au Conseil d'Etat. Un résultat inattendu que le président de la formation, Giuliano Bignasca, s'est empressé de fêter en tirant en l'air avec son fusil d'assaut.

Il y a quelques semaines encore, les sondages donnaient pourtant perdant l'homme de la Lega au gouvernement. Bien que très populaire, Marco Borradori risquait de faire les frais d'une modification dans le mode proportionnel d'élection au gouvernement. Il est en effet désormais possible de déposer des noms seuls dans les urnes, et non plus obligatoirement une liste de parti.

Représentant la face honorable d'une formation qui se distingue sinon par divers excès, Marco Borradori a été plébiscité, servant de locomotive à la Lega. Les résultats du Grand conseil, attendus lundi, diront s'il ne s'agit que d'un succès personnel ou d'une tendance générale. Les sortants Patrizia Pesenti pour les socialistes et Luigi Pedrazzini pour les démocrates-chrétiens ont été réélus sans problèmes. L'UDC, qui se présentait seule pour la première fois, n'a enregistré que 2% des suffrages.