Mobilité

Le Tessin promeut la voiture électrique

En offrant une prime aux nouveaux acheteurs, le canton montre la voie à suivre, même si le Conseil fédéral se montre encore réticent

Une prime de 2000 francs: depuis le 25 juin, c’est ce qu’offre l’Etat tessinois aux acheteurs privés d’une nouvelle voiture 100% électrique, à condition que le constructeur verse une somme de la même valeur. L’acquéreur épargne ainsi 4000 francs au total. Parallèlement, le gouvernement encourage l’achat de bornes de recharge privées – à poser chez soi ou au travail – auquel il contribue à hauteur de 500 francs l’unité, une borne valant quelques milliers de francs selon sa puissance.

Lire aussi: Préserver les eaux alpines grâce aux nouvelles biotechnologies au Tessin

Concocté par le directeur du Département du territoire, Claudio Zali (Ligue des Tessinois), le projet représente un crédit de 3 millions de francs. «Avec ces incitations financières, le canton souhaite contribuer à l’achat de 1000 à 1200 voitures électriques en quatre ans, faisant passer le parc des 800 actuelles – sur 220 000 voitures au total – à 2000», explique Giovanni Bernasconi, chef de l’Office de l’air, du climat et des énergies renouvelables. En une semaine, celui-ci avait déjà reçu une dizaine de demandes.

Hausse des ventes en vue

Pour l’instant, Audi, BMW, Honda, KIA, Mitsubishi, Nissan, Porsche, Volkswagen et Renault participent au projet. Directeur général de Renault Suisse SA, Olivier Wittmann salue cette initiative, qu’il qualifie de «formidable». «Ce programme est un élément supplémentaire favorisant la décision d’acheter une voiture électrique. Ce coup de pouce des pouvoirs publics est extrêmement positif: il donne un soutien officiel à la technologie des véhicules 100% électriques.»

En participant au projet cantonal, Olivier Wittmann prévoit une augmentation des ventes de la Renault ZOE, rappelant qu’il s’agit de la voiture électrique la plus vendue et élue la plus verte de Suisse en 2018. Pionnier du véhicule 100% électrique en Europe, le constructeur automobile français participe à des programmes de subventions similaires en Autriche et en Allemagne. «Mais là-bas, ils sont menés au niveau national. Nous espérons que l’initiative tessinoise s’étende à toute la Suisse.»

Au Touring Club Suisse (TCS), le responsable de la communication, Laurent Pignot, considère que le programme tessinois a des intérêts certains. Il souligne que dans le pays, les cantons de Thurgovie et de Bâle-Ville promeuvent également l’achat de voitures électriques, respectivement avec une prime d’achat de 4000 francs et une subvention de 20% pouvant aller jusqu’à 5000 francs. D’autres sont sur le point de suivre la même voie, indique-t-il.

Le Conseil fédéral réticent

«Malheureusement, le Conseil fédéral a rejeté une motion du conseiller national Peter Schilliger (PLR) allant dans le sens d’un subventionnement de la mobilité électrique», déplore Laurent Pignot. En outre, des villes comme Sierre, Delémont, Nyon ou encore Ecublens encouragent l’acquisition de voitures électriques avec des aides financières.

«Mais celles-ci ne suffisent pas, ajoute le responsable. La possibilité de recharger son véhicule à domicile et sur son lieu de travail ainsi que la disponibilité de bornes de recharge sur le territoire lors des déplacements sont également déterminants.» Pour le TCS, les autorités doivent aussi investir dans l’infrastructure – notamment en élargissant le réseau de recharge – afin de créer les conditions-cadres nécessaires au développement de la mobilité électrique.

Lire également: Mobilisation pour sauver le Monte Brè au Tessin

Il s’agit par exemple d’alimenter les axes principaux avec des lignes à grande capacité pour que les stations de recharge puissent offrir des prestations attractives aux utilisateurs. Pour marquer son engagement en faveur de la mobilité électrique, le TCS a d’ailleurs développé une application, eCharge, qui recense toutes les bornes publiques disponibles en Suisse. Laurent Pignot souligne en outre que le manque d’information est un autre obstacle majeur retenant beaucoup de consommateurs d’acheter une voiture électrique.

Porte-parole à l’Office fédéral des routes (Ofrou), Benno Schmid rappelle que l’objectif de la Confédération est qu’une nouvelle voiture sur sept roule à l’énergie électrique dès 2022, soit une augmentation à 15% des nouvelles immatriculations de voitures privées. «En plus de la réduction des émissions de polluants, la promotion de la mobilité électrique contribue aussi à l’épanouissement du pôle d’innovation suisse grâce aux développements technologiques, ainsi qu’à la réduction de la pollution sonore au niveau local.»

Publicité