L e Tessin et les Tessinois sont déçus. Déçus par le choix des députés libéraux-radicaux et par l’absence de solidarités des Romands. Et la candidature de Luigi Pedrazzini a surtout valeur de symbole pour la cause du sud des Alpes.

Fulvio Pelli était le successeur naturel de Pascal Couchepin au Conseil fédéral, ose Filippo Lombardi, sénateur démocrate-chrétien. Du coup, son exclusion du double ticket voulu par le groupe parlementaire suscite une certaine frustration. Voire les propos guerriers de Giuliano Bignasca, patron de la Lega dei Ticinesi, qui menace une fois encore de sécession. Comment ne pas comprendre que la présence des trois cultures au gouvernement est un atout capital pour le pays, s’interroge-t-on de Bellinzone à Lugano? Le sentiment amer que les valeurs de la culture politique suisse n’ont pas été respectées pointe chez Marco Solari. De plus, déplore le président du Festival du film de Locarno et de l’Office du tourisme tessinois, la solidarité latine, si jamais elle a existé, a fait défaut. Désabusé, Filippo Lombardi note qu’elle fonctionne à sens unique, à l’avantage des Romands. Cette solidarité tant décriée ne serait qu’un «mythe», avance Luca Albertoni, directeur de la Chambre du commerce, de l’industrie et de l’artisanat. Bref, les Tessinois doivent et devront compter d’abord sur eux-mêmes. D’autant plus que les Romands entendent avant toute chose défendre leurs deux sièges.

En revanche, on absout l’attitude ambiguë de Fulvio Pelli tout au long de la procédure. Certes circonspecte, elle était empreinte du sens du devoir à l’égard de son parti et de sa fonction de président, explique Marco Solari.

On se dit alors que la disponibilité du conseiller d’Etat PDC ne changera pas grand-chose. Certes, l’espoir habite toujours les Tessinois, souligne Marco Solari. Mais les chances du magistrat de 56 ans de l’emporter face à Urs Schwaller et aux parlementaires PDC semblent réellement infimes.

Une attente trop longue

La démarche, une «provocation», avoue le magistrat, veut toutefois raviver le débat sur la présence tessinoise au gouvernement. L’opération risque bel et bien d’alimenter quelques jours encore la question de la représentation régionale et linguistique au sein du collège fédéral.

Le Tessin attend depuis dix ans de retrouver un siège à Berne après le départ du PDC Flavio Cotti. Une longue attente qui a fini par exacerber différends et malentendus avec le reste de la Suisse. Or, un Tessinois au Conseil fédéral pourrait être le gage d’un intérêt plus marqué pour l’appendice méridional du pays, suggère Luigi Pedrazzini.

Celui-ci rappelle à titre d’exemple des méfaits de l’éloignement géographique et politique l’impossibilité de trouver une solution viable pour les transversales alpines au sud de Lugano. La grève des cheminots à Bellinzone l’année dernière avait aussi montré à quel point le Tessin souffrait de l’indifférence fédérale, vraie ou présumée.

Pire, craint-on, les événements bernois pourraient profiter à la Lega, qui ne rate pas une occasion pour revendiquer l’autonomie du canton, synonyme de fermeture. Fermeture qui serait catastrophique pour l’économie de la région, observe Luca Albertoni. Voilà pourquoi les milieux économiques n’ont pas hésité, en vain certes, à soutenir explicitement Fulvio Pelli auprès du groupe libéral-radical.