Au Tessin, les seniors sont a casa. Samedi soir, le Conseil d’Etat a ordonné l’arrêt de toutes les activités productives non indispensables – disposition maintenue n’en déplaise aux autorités bernoises l’estimant «illégale» – ainsi que l’interdiction pour les 65 ans et plus (et autres personnes plus vulnérables) d’aller faire leurs courses, jusqu’au 29 mars. Toujours dans le but de ralentir la progression de Covid-19 dans le canton où, à 8 heures mercredi, on recensait 53 décès et 1211 cas d’infection depuis le 25 février.

Chez Mara, 74 ans, la télévision est allumée en permanence, à plein volume. Toute la journée, la Tessinoise cuisine pour ses deux enfants, contraints de travailler à la maison avec les sollicitations constantes de leur progéniture respective. Son cadet s’occupe de ses courses. «Je comprends ces mesures et je les accepte; elles sont légitimes», confie-t-elle, ajoutant que ses amies partagent son avis.

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Son mari, Alberto, 75 ans, architecte toujours actif, a fermé ses chantiers avant qu’on le lui impose «pour la santé de mes travailleurs et l’image du studio», mais il enfreint l’injonction faite aux seniors de rester chez eux. «Enfermé chez moi, je meurs. Je vais en voiture au bureau, où il n’y a de toute façon personne, mes trois employés frontaliers étant à la maison. Je fais ma comptabilité.»

Oui au tabac, non au whisky

La Migros s’est quant à elle engagée à ne plus autoriser l’accès à ces points de vente aux 65 ans et plus. Mardi, un agent de sécurité contrôlait l’entrée de la succursale de Minusio, refoulant les quelques seniors tentant d’y entrer. Dans ce contexte particulier se posent aussi des questions complexes, comme amener ou non les cigarettes et l’alcool aux aînés, comme à Mendrisio, où les bénévoles ont décidé de livrer le tabac, mais pas les bouteilles de whisky.

Si la plupart des aînés se conforment aux nouvelles dispositions, l’attitude de certaines autorités envers les aînés, notamment celle du chef de la police cantonale, Matteo Cocchi, a fâché. Surtout lorsqu’il les a incités «à faire ce qui leur est dit de faire» et «à entrer en léthargie». «Seules les bêtes tombent en léthargie», a écrit un éditorialiste du Corriere del Ticino. Un autre commentateur indigné a fait valoir dans Il Caffè que ce n’est pas parce qu’on a plus de 65 ans qu’on est forcément sénile.

Réseaux de commissions

Beaucoup de solidarité s’est manifestée envers les seniors. Presque toutes les communes ont créé des réseaux de volontaires pour faire leurs courses. Des associations comme les scouts ou Pro Senectute se sont mises à disposition. Mais on assiste aussi à des scènes de violence, comme celle où une petite dame au chignon blanc se fait brutalement rabrouer par un chauffeur de bus parce qu’elle ose mettre le nez dehors. Ou une autre qui se fait insulter par un passant parce qu’elle promène son chien.

Sur les réseaux sociaux, nombreuses sont les «dénonciations» d’aînés s’aventurant près d’un marché d’alimentation, photos à l’appui, accompagnées de propos accusateurs, éventuellement truffés de fautes d’orthographe.

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